Guerre commerciale : Trump menace maintenant l’Europe

Le président américain Donald Trump vient de déclencher une nouvelle vague de tensions commerciales avec l’Union européenne.

Paolo Garoscio
Par Paolo Garoscio Publié le 27 février 2025 à 6h08
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25%Donald Trump va appliquer des droits de douane de 25% sur l'acier et l'aluminium.

Lors d’une conférence de presse donnée à la Maison-Blanche le 26 février 2025, Donald Trump a annoncé la mise en place imminente de droits de douane de 25 % sur les exportations européennes vers les États-Unis. La suite logique de sa rhétorique protectionniste déjà à l’œuvre lors de son premier mandat. Bruxelles, prise de court par cette offensive, promet une riposte immédiate et proportionnée.

Donald Trump : Une attaque contre les importations européennes

Donald Trump a justifié cette hausse tarifaire par le déficit commercial structurel des États-Unis vis-à-vis de l’Europe. Lors de la conférence de presse, qui survient le lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, il a dénoncé une situation qu’il juge déséquilibrée, affirmant que « l’Union Européenne a été conçue pour emmerder les États-Unis ».

Si l’administration américaine n’a pas encore détaillé la liste des produits concernés, plusieurs secteurs sont clairement visés. L’industrie automobile allemande, qui dépend fortement des ventes sur le marché américain, est en ligne de mire. Les grandes marques françaises et italiennes, elles aussi, pourraient subir des restrictions similaires. Les produits agroalimentaires figurent également parmi les victimes potentielles de cette nouvelle offensive protectionniste. Lors du précédent mandat de Donald Trump, des surtaxes avaient été imposées sur des produits emblématiques comme le vin, les fromages ou l’huile d’olive.

Les technologies européennes ne sont pas épargnées. La Commission européenne a mis en place des réglementations strictes sur les entreprises numériques étrangères opérant dans l’Union, notamment à travers le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA). Ces mesures, qui ont pour objectif d’encadrer les pratiques des géants technologiques, ont été perçues par Washington comme une attaque déguisée contre les entreprises américaines.

Taxes contre l’Union européenne : Bruxelles promet une riposte immédiate

« L’Union européenne est un cas différent de celui du Canada. Ils profitent vraiment de nous : ils n’acceptent pas nos voitures, ils n’acceptent pas l’essentiel de nos produits agricoles, ils invoquent toutes sortes de raisons pour ne pas le faire… Et nous acceptons tout d’eux ! », a affirmé le président des Etats-Unis.

Face à cette attaque commerciale sans précédent, l’Union européenne n’a pas tardé à réagir. La présidente de la Commission européenne a dénoncé une décision unilatérale contraire aux principes du commerce international. « L’UE reste fermement attachée à l’ouverture des marchés, à des lois et des taxes non discriminatoires, ainsi qu’à une protection forte des droits de propriété intellectuelle, en totale conformité avec les règles du commerce mondial », a déclaré Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne.

La Commission européenne dispose de plusieurs leviers pour contrer ces nouvelles taxes. Le premier consiste à porter plainte devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En 2018, l’Union européenne avait déjà engagé une procédure contre les surtaxes imposées par Washington sur l’acier et l’aluminium. Si cette option permet d’exercer une pression juridique, elle est toutefois longue et ne produit pas d’effet immédiat. Sans compter que Donald Trump semble clairement vouloir remettre en cause l’OMC en tant que telle.

Une autre stratégie, plus directe, repose sur l’imposition de mesures de rétorsion économiques contre des produits américains. La Commission pourrait décider de cibler des industries clés pour l’économie des États-Unis. Lors des précédents conflits commerciaux, elle avait frappé des secteurs emblématiques comme le whisky, les motos Harley-Davidson et certains produits agricoles, en appliquant des taxes équivalentes à celles imposées par Washington.

Bruxelles envisage également de renforcer ses alliances commerciales avec d’autres puissances économiques pour réduire sa dépendance aux exportations vers les États-Unis. La signature d’accords avec l’Amérique latine ou l’Asie pourrait offrir de nouveaux débouchés aux entreprises européennes et limiter l’impact des mesures américaines. «  Si nécessaire, l’UE réagira rapidement et de manière décisive pour défendre ses droits et son autonomie réglementaire contre des mesures injustifiées ». Pas de quoi inquiéter Donald Trump qui, de son côté, affirme que « ils peuvent tenter des représailles, mais ça ne marchera pas. Il suffit que nous n’achetions plus rien, et si c’est ce qui se produit, nous gagnons ». Une stratégie que peuvent appliquer également les Européens...

Guerre commerciale et frais de douane : quelles conséquences ?

Pour les entreprises européennes, l’augmentation des droits de douane représente un surcoût immédiat, qui pourrait les contraindre à revoir leurs prix ou à réduire leur présence sur le marché américain. Du côté des consommateurs américains, ces nouvelles barrières commerciales pourraient se traduire par une augmentation du prix de nombreux produits européens. Le marché du luxe, de l’agroalimentaire et de l’automobile haut de gamme serait particulièrement touché. Une bouteille de vin français ou une voiture allemande pourrait voir son prix grimper, ce qui pourrait entraîner une baisse de la demande.

L’incertitude autour de ces nouvelles mesures alimente également la volatilité sur les marchés financiers. Les entreprises exposées aux échanges transatlantiques pourraient voir leur valeur chuter en raison des craintes liées aux pertes commerciales à venir. Dans le secteur industriel, des groupes comme Airbus, BMW ou LVMH suivent de près l’évolution de la situation, conscients que leurs résultats financiers pourraient être affectés par ces tensions commerciales prolongées.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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