Transition énergétique : les parcs éoliens en mer seront-ils européens ?

La France veut reprendre la main sur son industrie éolienne en mer. Lors d’une visite au Havre, le ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Marc Ferracci, a annoncé que les futurs appels d’offres donneraient désormais la priorité aux entreprises européennes.

Jade Blachier
Par Jade Blachier Modifié le 19 février 2025 à 15h58
L'économie de la mer : la cinquième puissance fantôme ?
Transition énergétique : les parcs éoliens en mer seront-ils européens ? - © Economie Matin
45 gigawattsLa France vise 45 gigawatts d’éolien en mer d’ici 2050.

Le 17 février 2025, Marc Ferracci a officialisé une nouvelle orientation dans la politique énergétique française et ses parcs éoliens. Depuis l’usine Siemens Gamesa au Havre, il a annoncé que les prochains appels d’offres pour les parcs éoliens en mer intégreront des critères favorisant les entreprises européennes. Cette mesure vise à renforcer l’industrie locale et à réduire la dépendance aux fournisseurs asiatiques, notamment chinois. Avec un objectif de 45 gigawatts installés d’ici 2050, la France affiche son ambition.

Un retard français sur l'éolien

La France accuse un sérieux retard dans le développement de l’éolien en mer. Alors que plusieurs pays européens ont déjà mis en place de vastes infrastructures offshore, la France peine à atteindre ses objectifs. En septembre 2024, la Commission européenne a critiqué le manque de dynamisme du pays, soulignant que les procédures administratives et les réticences locales ralentissent le déploiement des projets.

Face à ces critiques, le gouvernement tente de réagir en imposant de nouveaux critères dans les appels d’offres. L’objectif est d’accélérer la transition énergétique tout en soutenant l’industrie européenne. Ces critères, appelés « critères de résilience », visent à favoriser les entreprises européennes et nationales, plutôt que les constructeurs chinois qui dominent actuellement le marché.

L'industrie de l'éolien sous pression face à la concurrence chinoise

L’industrie européenne de l’éolien est aujourd’hui en grande difficulté. Siemens Gamesa, principal acteur du secteur en Europe, connaît des pertes financières importantes. La concurrence asiatique, notamment chinoise, exerce une pression énorme sur les prix et l’offre technologique. Les entreprises chinoises, massivement soutenues par Pékin, ont réussi à capter plus de 60 % du marché mondial des turbines offshore. Elles bénéficient d’une production à moindre coût et d’une avance technologique qui leur permet de proposer des solutions très compétitives. En réponse, l’Europe tente de renforcer son autonomie industrielle. L’annonce de Marc Ferracci s’inscrit dans cette logique. En imposant des critères de résilience aux appels d’offres, la France cherche à garantir que les équipements utilisés pour ses futurs parcs éoliens seront fabriqués sur le territoire européen.

L’extension de Siemens Gamesa : un signal fort pour l’industrie

Pour concrétiser cette stratégie, le gouvernement mise sur un renforcement des capacités de production locales. Lors de son déplacement au Havre, Marc Ferracci a posé la première pierre de l’extension de l’usine Siemens Gamesa. Ce projet, qui représente un investissement de 200 millions d’euros, vise à produire des pales de 115 mètres, parmi les plus grandes du monde. L’usine devrait ainsi pouvoir répondre aux futurs besoins du marché européen et limiter les importations venues d’Asie. Cette expansion doit permettre la création de plusieurs centaines d’emplois et renforcer la compétitivité du secteur en France. Le défi reste immense : les coûts de production en Europe sont largement supérieurs à ceux pratiqués en Chine. Pour que cette préférence européenne fonctionne, un soutien public massif sera nécessaire.

Des défis encore nombreux à relever

Malgré les annonces, plusieurs obstacles risquent de freiner cette ambition. Tout d’abord, la question du financement demeure centrale. Produire des turbines en Europe coûte plus cher qu’en Chine et les aides publiques devront être conséquentes pour rendre les entreprises européennes compétitives. Ensuite, l’acceptabilité locale des projets éoliens en mer reste un sujet de tension. De nombreuses associations dénoncent l’impact visuel et environnemental de ces infrastructures, tandis que certains élus s’inquiètent de leur rentabilité. Enfin, cette politique protectionniste pourrait entraîner des tensions commerciales avec la Chine. Pékin pourrait réagir en limitant l’exportation de matériaux critiques, comme les terres rares nécessaires à la fabrication des turbines.

Alors que la France vise 45 gigawatts d’éolien en mer d’ici 2050, cette initiative sera-t-elle suffisante pour faire du pays un leader européen du secteur, ou restera-t-elle un simple effet d’annonce ?

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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