Précarité alimentaire : votre enfant va-t-il à l’école le ventre vide ?

La précarité alimentaire progresse en France et touche de plus en plus les enfants. Le baromètre 2025 de Kellogg’s révèle une situation alarmante dans les écoles, où une part croissante des élèves commence la journée sans avoir mangé.

Jade Blachier
Par Jade Blachier Publié le 1 avril 2025 à 11h26
precarite-votre-enfant-va-a-lecole-ventre-vide
precarite-votre-enfant-va-a-lecole-ventre-vide - © Economie Matin
22 %22 % des Français rencontrent des difficultés à nourrir leur famille.

Le 20 mars 2025, un baromètre publié par Kellogg’s et le cabinet Spark Market Research a jeté un froid : 21 % des enfants français vont à l’école sans avoir rien mangé, au moins une fois par semaine. Une proportion glaçante, en hausse constante depuis 2016. À l’époque, ils étaient déjà 4 %. En 2023, ils représentaient 18 %. L’escalade est désormais confirmée : un enfant sur cinq commence la journée d’apprentissage le ventre vide.

Cette étude, menée auprès de 7 000 personnes dont 1 750 enseignants dans six pays européens, relève une tendance inquiétante en France. Le petit-déjeuner, pourtant considéré par les nutritionnistes comme le repas-clé du matin, est le premier à disparaître sous le poids des contraintes économiques.

Précarité alimentaire : quand le petit-déjeuner devient un luxe

Les causes de cette précarité alimentaire ne font plus mystère. L’étude révèle que 7 % des Français ne prennent pas de petit-déjeuner pour des raisons financières. En 2016, seulement 9 % des Français sautaient ce repas. Ils sont aujourd’hui 16 %. Le glissement est clair, lent, mais implacable.

Derrière les chiffres, ce sont des familles entières qui vacillent : 22 % des Français rencontrent des difficultés à nourrir leur famille et 25 % s’inquiètent de leur budget alimentaire, soit une envolée de plus de 10 points en moins de dix ans (14 % en 2016). L’inflation, l’augmentation du coût de la vie, la stagnation des salaires : tout converge pour que le matin devienne le premier point de rupture.

À l’école : fatigue, inattention et pertes d'heures de cours pour les enfants

Dans les salles de classe, les enseignants sonnent l’alarme. Le baromètre est formel : un enseignant sur trois constate une augmentation des enfants ayant faim dans leur classe. Plus frappant encore : deux professeurs sur cinq déclarent que certains élèves arrivent chaque jour sans avoir pris de petit-déjeuner.

Le constat est sans appel : “Les enfants sont plus fatigués et rencontrent des difficultés de concentration”, note le rapport. L’impact est tel que les enseignants estiment perdre trois heures de cours par semaine pour aider les enfants à se recentrer. Cela représente plus de deux jours de classe par mois.

70 % des enseignants considèrent désormais l’absence de petit-déjeuner comme un problème majeur, contre 55 % seulement en 2023.

Quand les parents minimisent, les enfants trinquent

Le paradoxe est cruel. Alors que les enseignants alertent, 61 % des parents ne considèrent pas le petit-déjeuner comme un repas important. Un décalage abyssal, symptomatique d’une société déboussolée par les arbitrages du quotidien.

Dans un contexte où les dépenses contraintes pèsent lourdement sur les budgets des ménages, le petit-déjeuner devient souvent le premier poste de renoncement. Ce repas disparaît discrètement, sacrifié au profit d’autres priorités essentielles.

Des initiatives… mais à quelle échelle ?

Face à cette urgence, des initiatives fleurissent, portées par des entreprises ou des associations. Kellogg’s, à l’origine de l’étude, déploie depuis 2019 le programme “Un petit-déjeuner pour tous”, en partenariat avec le réseau d’épiceries solidaires Andès.

Ce programme, qui a déjà impliqué 223 épiceries, permis la distribution de kits alimentaires et organisé 840 ateliers pour 8 000 bénéficiaires, agit en soutien des familles les plus vulnérables. Hélène Boyer, Directrice de la communication chez Kellogg’s, l’affirme : La hausse du nombre d’enfants qui partent le matin à l’école le ventre vide est particulièrement préoccupante car nous savons que ce repas joue un rôle clé pour leur réussite scolaire. Il est impératif de continuer à agir.

Depuis trois ans, un partenariat avec la Croix-Rouge française permet également d’accompagner 2 200 enfants dans les établissements de protection de l’enfance via des ateliers d’éveil au goût, mêlant plaisir culinaire et pédagogie.

Les professeurs en première ligne d’un combat quotidien

Interrogés, 70 % des enseignants jugent que le fait que des enfants ne prennent pas de petit-déjeuner quotidiennement est un problème majeur. La moitié d’entre eux estime que la cause principale de ce jeûne involontaire est le manque de nourriture à la maison.

La salle de classe reflète les inégalités sociales, où les difficultés alimentaires influencent directement les conditions d’apprentissage. La gestion de la fatigue et du manque de concentration mobilise une partie du temps pédagogique, au détriment de l’enseignement.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

Aucun commentaire à «Précarité alimentaire : votre enfant va-t-il à l’école le ventre vide ?»

Laisser un commentaire

* Champs requis