Une levée de fonds stratosphérique, une vision technologique démesurée, des partenaires aux poches sans fond. L’intelligence artificielle n’a jamais été aussi chère.
OpenAI lève encore des fonds et pèse désormais 300 milliards
Le 31 mars 2025, OpenAI a officiellement levé la somme hallucinante de 40 milliards de dollars – soit environ 37,2 milliards d’euros – dans un nouveau tour de table piloté par le géant japonais SoftBank. Avec une valorisation post-money de 300 milliards de dollars, l’entreprise californienne, à l’origine de ChatGPT, entre dans une sphère réservée à quelques mastodontes comme SpaceX ou ByteDance. Et ce n’est peut-être qu’un début.
L’avenir se monnaie en milliards – et OpenAI le sait
Dans un communiqué publié sur son site officiel, OpenAI annonce que cette injection massive de capital servira à « pousser plus loin les frontières de la recherche en intelligence artificielle, développer l’infrastructure de calcul, et fournir des outils toujours plus puissants aux 500 millions de personnes qui utilisent ChatGPT chaque semaine »
Ce que le communiqué ne précise pas tout de suite, c’est que ce pactole ne sera pas versé en une seule fois. Seuls 10 milliards seront débloqués immédiatement, dont 7,5 milliards directement injectés par SoftBank, et 2,5 milliards par un consortium d’investisseurs. Les 30 milliards restants n’arriveront qu’à une condition précise : qu’OpenAI devienne une entreprise pleinement lucrative d’ici la fin de l’année. Dans le cas contraire ? Un quart du financement serait tout simplement annulé explique The Verge.
SoftBank veut une intelligence artificielle hyper-puissante
Du côté de SoftBank, on ne cache pas l’ambition grandiose. Le conglomérat japonais voit en OpenAI le partenaire idéal pour atteindre ce qu’il appelle une « intelligence artificielle surhumaine ». Une ASI – Artificial Super Intelligence – censée dépasser l’intelligence humaine. Rien que ça.
« SoftBank a déclaré vouloir réaliser une "intelligence artificielle surhumaine" surpassant l’intelligence humaine et considère qu’OpenAI est le partenaire le plus proche de cet objectif », écrit The Guardian.
Mais pourquoi un tel enthousiasme soudain ? Il faut chercher du côté de Stargate, un projet pharaonique de 500 milliards de dollars, lancé en parallèle, avec Oracle et le fonds souverain MGX (Abu Dhabi). Objectif : construire un réseau mondial de centres de données capables de supporter les futures charges de l’IA générative.
Et comme si cela ne suffisait pas, OpenAI a annoncé la publication imminente d’un modèle de langage open-weight, ouvert mais raisonné, censé répondre à la pression croissante de la communauté open-source incarnée par Meta ou DeepSeek.
OpenAI : l’argent coule à flots, mais la rentabilité attendra encore des années
Derrière l’orgie de chiffres, un détail semble presque trivial : OpenAI brûle toujours plus d’argent qu’il n’en gagne. Selon The Verge, la société espère atteindre 12,7 milliards de dollars de revenus en 2025, contre 3,7 milliards en revenu récurrent annualisé l’année précédente. Une croissance fulgurante, certes, mais insuffisante pour équilibrer les comptes. Les projections ? Une rentabilité espérée pas avant 2029, avec des revenus estimés alors à 125 milliards de dollars.
Derrière la façade brillante de SoftBank, se cache une architecture financière beaucoup plus complexe. Si 10 milliards proviennent directement du groupe japonais, une partie sera redistribuée à des co-investisseurs non identifiés. Selon Reuters, plusieurs noms circulent : Microsoft, Coatue Management, Altimeter Capital et Thrive Capital.
La manœuvre est habile : syndiquer une partie des engagements pour diluer les risques, tout en laissant à SoftBank les lauriers du mégainvestissement. Mais si OpenAI échoue à sa mutation structurelle vers un statut lucratif, le total investi serait réduit à 20 milliards de dollars, indique encore Reuters.
Autre subtilité : SoftBank prévoit de financer la première tranche via des emprunts contractés auprès de Mizuho Bank et d’autres institutions financières japonaises. Une opération aussi ambitieuse qu’hasardeuse, qui laisse planer des doutes sur la pérennité de l’engagement.
OpenAI joue gros – et l’humanité avec elle ?
Au fond, cette levée de fonds pose une question brutale : jusqu’où peut-on pousser la technologie sans contrôle, sans régulation, sans retour sur terre ? Derrière les promesses d’une intelligence artificielle bienveillante, les chiffres révèlent un appétit sans limite pour le pouvoir computationnel et la domination mondiale du secteur.
Et dans ce concert de milliards, qui protège l’intérêt collectif ? Qui encadre les choix techniques d’OpenAI ? La conversion en entreprise à but lucratif, imposée par les investisseurs, changera-t-elle radicalement les priorités ? Comme le note Reuters, OpenAI a déjà annoncé une restructuration en « public benefit corporation », censée garantir un équilibre entre bénéfices et bien commun. Mais dans les faits, cette promesse reste vague, floue, interprétable.
En attendant, OpenAI s’apprête à devenir l’une des entreprises technologiques privées les plus valorisées au monde, rivalisant avec les géants établis… sans avoir encore prouvé qu’elle pouvait générer un euro de profit durable.