Comment prendre soin de nos aînés ? En mettant les robots à contribution !

20,6 %
En 2020, 20,6% de la population européenne avait plus de 65 ans.

Les robots ont considérablement évolué. Depuis de nombreuses années, ils aident les hommes dans leurs différentes activités, explorant des environnements dangereux et inaccessibles, notamment dans l’espace et dans les profondeurs des océans. Une nouvelle génération de robots a été conçue pour nous être utile plus près de chez nous, dans la prise en charge des personnes âgées et des enfants en bas âge.

Dans un avenir pas si lointain, un robot pourrait rappeler aux personnes âgées de prendre leurs médicaments, leur faire la lecture ou leur apporter du réconfort.

Alors que la population européenne vieillissante exerce une pression croissante sur les services de santé, et que la part des seniors dans la population totale devrait augmenter considérablement au cours des décennies à venir, les robots pourraient offrir une solution pertinente.

Plusieurs robots sont en cours d’élaboration pour accompagner les personnes âgées et les aider à garder plus longtemps leur autonomie.

« Les systèmes robotiques sont essentiels au secteur de la santé et aux personnes âgées car, dans 20 à 30 ans, on manquera de main d’œuvre pour prendre soin de la population vieillissante », indique Estibaliz Arzoz-Fernandez, chef de projet et coordinateur adjoint du projet ACCRA, mené en collaboration par l’UE et le Japon.

Voici Astro et BUDDY

BUDDY est un des robots créés pour améliorer l’autonomie. Haut comme un chien de taille moyenne, et doté d’un visage expressif, il se déplace et parle.

Les chercheurs d’ACCRA ont mis des personnes âgées et leurs aidants à contribution pour concevoir deux robots, dont celui-ci.

« Les personnes âgées avaient le sentiment d’avoir une présence à leurs côtés, et ne se sentaient pas seules », explique Mme Arzoz-Fernandez. « Nous pensons que ce robot améliorera leur bien-être. »

BUDDY peut leur rappeler leurs rendez-vous, leur lire un livre électronique, leur proposer des exercices cognitifs comme des jeux de mathématique, démarrer des appels vidéo avec leurs amis et leur famille, allumer et éteindre des appareils électriques et faire le tour de la maison pour veiller à leur sécurité.

Ces fonctionnalités pourraient aider des personnes présentant les premiers signes d’une perte de dépendance à vivre plus longtemps seules, indique Mme Arzoz-Fernandez, qui est également chef de projet chez Trialog, une société parisienne spécialisée dans le conseil de solutions innovantes aux entreprises et organismes publics.

Les participants ont déclaré que les deux aspects clés de BUDDY étaient ses interactions émotionnelles et cognitives. Ce sont les deux domaines que les développeurs feront en sorte d’améliorer, fait remarquer Mme Arzoz-Fernandez.

Les personnes ont par exemple adoré que BUDDY exprime du plaisir lorsqu’ils ont caressé sa « tête », et de l’irritation lorsqu’elles le regardaient trop fixement dans les yeux.

Le projet ACCRA a travaillé sur un autre robot prénommé Astro. Ce robot mobile de grande taille est conçu pour aider les personnes à se rétablir suite à une opération et à améliorer leur mobilité. Les personnes peuvent s’appuyer sur lui pour marcher, et il peut les aider à faire les exercices prescrits par les professionnels de santé.

Les aidants et personnes âgées ont déclaré que le robot devait se déplacer de manière plus fluide et permettre aux personnes de répondre à ses questions oralement.

Une telle création collaborative « est essentielle » pour mettre au point un robot capable de répondre aux besoins et attentes des utilisateurs, indique Mme Arzoz-Fernandez. Les ingénieurs en conception pensent savoir ce que veulent les utilisateurs mais, bien souvent, « ce n’est pas le cas », ajoute-t-elle. 

Les chercheurs se sont rendu compte qu’il est aussi important de gérer les attentes des utilisateurs potentiels pour que les robots aient le succès attendu. « Les personnes âgées s’attendent à avoir, avec les robots, les mêmes activités et conversations qu’avec des humains, et la technologie n’en est pas encore à ce stade », ajoute Mme Arzoz-Fernandez.

Mettre au point des robots capables d’apprendre à connaître la personne et de tenir une conversation en prenant vraiment en compte ses centres d’intérêts demandera encore du temps et pourrait coûter bien trop cher, explique-t-elle.

Voici Pepper et Cozmo

On ne compte plus le temps et l’argent dépensés pour que les robots sociaux aient le plus possible l’apparence et le comportement des humains, mais les études montrent qu’ils n’ont pas besoin de posséder ces coûteux attributs pour attirer l’homme, ajoute Emily Cross, professeur de robotique sociale à l’Université de Glasgow.

« On ne compte plus les efforts déployés pour que les robots aient un aspect et un comportement toujours plus humains ou sociaux, ou qu’ils soient d’un abord agréable », déclare-t-elle.

Mme Cross est à la tête d’un projet intitulé Social Robots qui compare les réactions des individus aux différents robots grâce à l’étude de leur imagerie cérébrale et au suivi de leur fréquence cardiaque, de la dilatation de leurs pupilles et de leur réponse cutanée. Ces mesures s’avèrent plus exactes, et plus utiles, que les réponses des personnes aux questions de l’enquête.

« Comprendre vraiment le côté humain de l’interaction homme-robot nous permettra de faire des progrès plus rapides pour développer des robots vraiment efficaces. »

Lors d’une étude, des chercheurs ont comparé les réactions des personnes à un robot d’apparence humaine prénommé Pepper, et à un robot jouet de la taille de la paume de la main nommé Cozmo.

Pepper peut tenir une conversation et se déplacer. Cozmo ne parle pas mais a des yeux expressifs et émets des sons exprimant des émotions.

L’équipe de recherche est arrivée à la conclusion que Cozmo stimulait des régions du cerveau et déclenchait des processus cognitifs de plusieurs façons « bien plus riches » que lorsque les personnes interagissaient avec Pepper.

« Le budget et les efforts de recherche et de développement engagés pour mettre au point ce robot d’apparence très humaine sont considérablement plus importants que pour ce petit robot chariot-élévateur pour enfant », déclare le Professeur Cross.

« Mais Cozmo peut avoir un impact plus important sur la cognition sociale des enfants et des adultes », indique-t-elle. « C’est extrêmement surprenant à certains égards et nous étions assez loin de soupçonner un tel effet. »

Le projet Social Robots a fait une autre découverte surprenante : la prise de contact initiale avec le robot a presque autant d’impact que son apparence et ce qu’il est capable de faire.

Si l’on dit à une personne que le robot est assez lent, ou qu’il a besoin qu’on lui parle lentement, il gère ses attentes et la personne peut adapter son comportement pour que l’expérience soit la meilleure possible, par exemple en parlant plus lentement.

Il est essentiel de comprendre cette dynamique entre l’humain et le robot. « La prospérité, le confort, le bien-être et la joie futurs de l’humanité sont en jeu », ajoute le Professeur Cross.

Et les chercheurs s’accordent à dire que les pays dont la population vieillit ont besoin que des « robots sociaux » efficaces et à un prix abordable soient commercialisés dans les plus brefs délais.

La bonne nouvelle, c’est qu’au cours de la prochaine décennie, et peut-être avant, des robots capables d’améliorer l’autonomie des personnes âgées pourraient arriver sur le marché, déclare Mme Arzoz-Fernandez.

« Tout le monde sera gagnant : les personnes âgées, les aidants et le système de santé » conclut-elle.

Les recherches réalisées dans le cadre de cet article ont été financées par l’UE. Cet article a été publié initialement dans Horizon, le magazine de l’UE dédié à la recherche et à l’innovation.


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