Panama Papers : une majorité de Français s'en moque

47 %
SEulement 47 % des Français ne pensent pas que la fraude fiscale soit
une fatalité contre laquelle les Etats ne peuvent rien faire.

Q1: Vous sentez-vous concerné par l'affaire d'évasion fiscale, dite "Panama Papers" ?

•             Sous total « se sent concerné » : 35 %

•             Sous total « ne se sent pas concerné » : 64 %

•             NSP : 1 %

64% des Français interrogés ne se sentent pas concernés par l’affaire « Panama Papers » ? 

Le résultat du sondage OpinionWay pour LCI et Tilder de la semaine est particulièrement surprenant car il illustre un décalage particulièrement important entre l’emballement médiatique lié à la révélation d’une masse considérable de données portant sur l’évasion fiscale organisée par le cabinet d’avocat panaméen Monsack Fonseca et l'opinion publique.

La révélation de ces données, dont on ne connaît pas la source, a fait l’objet d’une opération de communication d’envergure mondiale.

380 journalistes de 107 pays travaillant pour près de 80 médias différents ont été mobilisés pour révéler une partie des noms des personnalités, institutions ou sociétés qui ont eu recours au cabinet panaméen afin de dissimuler une partie de leurs impôts aux services fiscaux. Personnalités du monde des affaires et du sport, dirigeants politiques, acteurs célèbres, anciens ministres Français… Personne n’a été épargné et ces révélations sont déjà à l’origine de la démission du Premier ministre Islandais et d’une crise politique majeure en Argentine.

En communication, cette situation amène deux commentaires :

•             D’abord, qu’il s’agit de la première opération de communication mondiale dans le cadre d’un scandale. En tout état de cause, cette « première » restera donc dans les annales du journalisme au même titre que le Watergate ou l’enquête du Boston Globe sur le scandale de pédophilie au sein de l’église catholique américaine.

•             Ensuite, il n’est pas certain que l’emballement médiatique même, que ces révélations ont suscités, ait la même puissance auprès de l’opinion publique. En effet, 64% des Français interrogés ne se sentent pas concernés par cette affaire d’évasion fiscale.

Ce fossé entre les priorités des médias et les priorités de l’opinion publique est une nouvelle illustration de la rupture qui existe entre les élites, qu’elles soient politiques, financières ou médiatiques et l’opinion publique. Est-ce la perte de la capacité d’indignation de l’opinion publique ou une forme de lassitude face à la multiplication des révélations ? Il est difficile d’apporter une réponse. Toutefois, cette démonstration de transparence totale ne semble pas interpeller l’opinion.

Q2 : Selon vous, les États ont-ils les moyens d'empêcher l'utilisation des paradis fiscaux ?

•             Sous total « oui » : 47 %

•             Sous total « non » : 53 %

53% des Français interrogés considèrent que les Etats n’ont pas les moyens d’empêcher l’utilisation des paradis fiscaux

Non seulement les Français interrogés apparaissent blasés par le recours à des mécanismes d’évasion fiscale impliquant des sociétés écrans disséminées dans plusieurs paradis fiscaux, mais ils sont aussi fatalistes sur la capacité des Etats à faire stopper ces mécanismes.

Cette perte de confiance dans la capacité des Etats à faire cesser des pratiques qui représentent pourtant, pour le cas d’espèce, un manque à gagner colossal pour les caisses de l’Etat, est manifeste.

En communication, ce résultat appelle deux remarques :

•             Il démontre la prise de pouvoir de l’économie sur le politique. En effet, les Français interrogés ne croient manifestement plus à la capacité politique des Etats à réformer et à faire cesser un trouble qui rompt l’égalité des contribuables devant l’impôt.

•             Enfin, il est la manifestation du délitement du lien entre les dirigeants et les citoyens qui croient de moins en moins à l’Etat et de plus en plus à la capacité individuelle.

Il existe une autre explication, moins négative à ces résultats : peut-être est-ce tout simplement l’état d’esprit individualiste de la « génération Uber » qui est en train de s’imposer petit à petit dans l’opinion publique ?

Sondage exclusif TILDER/LCI/OpinionWay du 7 avril 2016


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