Les chiffres sont vertigineux. En janvier 2025, les milliardaires ont accumulé 314 milliards de dollars supplémentaires, une somme qui dépasse la richesse totale des 35 % les plus pauvres de la population mondiale. Alors que les gouvernements peinent à adopter une taxation efficace des ultra-riches, le fossé entre les classes sociales ne cesse de se creuser.
Les milliardaires ont gagné 416 millions par heure en janvier 2025
La concentration des richesses atteint des niveaux jamais vus. Selon les données de Forbes, relayées par l’ONG Oxfam, la fortune totale des milliardaires a grimpé de 1 100 milliards de dollars entre juillet 2024 et janvier 2025, passant de 14 400 milliards à 15 500 milliards de dollars. Rien qu’en janvier, ils ont accumulé 314 milliards de dollars supplémentaires, faisant exploser encore davantage les inégalités mondiales.
Oxfam, accompagnée de nombreuses organisations internationales, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme et réclame une taxation immédiate des ultra-riches. Un mouvement mondial prend de l’ampleur, soutenu par des économistes, des chefs d’État et même des millionnaires qui estiment que cette explosion des inégalités met en péril la stabilité économique et démocratique de la planète.
Une richesse qui explose : 314 milliards en un mois, une aberration économique
Les chiffres sont éloquents. 15 millions de travailleurs devraient travailler une année entière pour accumuler une somme équivalente aux gains des milliardaires en janvier 2025. Le revenu annuel moyen mondial par adulte est de 20 872 dollars. La somme engrangée par les ultra-riches dépasse de 72 milliards de dollars la richesse totale des 35 % les plus pauvres du monde (Oxfam).
Le rythme d’accumulation est effarant : 10 milliards de dollars par jour, 416 millions de dollars par heure. Ce boom des fortunes ne repose toutefois pas sur une augmentation de la productivité mondiale, mais sur des mécanismes de spéculation financière, de monopoles renforcés et d’avantages fiscaux démesurés. Les milliardaires n’ont jamais été aussi riches, et pourtant, la majorité de la population mondiale subit une stagnation des salaires, une augmentation du coût de la vie et un accès de plus en plus limité aux services publics essentiels. Oxfam insiste sur le fait que cette accumulation vertigineuse ne reflète pas une croissance économique partagée, mais un déséquilibre structurel entretenu par des politiques fiscales favorisant les ultra-riches.
Des voix s’élèvent contre l’oligarchie mondiale et les inégalités de richesse
L’indignation gagne du terrain. En février 2025, un message puissant a été adressé aux dirigeants du monde entier par des figures politiques et économiques influentes. Le pape François, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, le premier ministre espagnol Pedro Sánchez, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, l’ancienne première ministre sénégalaise Aminata Touré ainsi que les économistes Joseph Stiglitz, Jayati Ghosh et Gabriel Zucman ont affirmé sans équivoque qu’il fallait mettre fin au règne de l’oligarchie par une taxation juste des ultra-riches, relaye l’ICRICT.
Ces figures ne sont pas les seules à se mobiliser. 370 millionnaires et milliardaires issus de 22 pays, parmi lesquels Abigail Disney, Marlene Engelhorn, Brian Eno et Richard Curtis, ont signé une lettre ouverte demandant aux dirigeants mondiaux de prendre des mesures immédiates pour taxer les ultra-riches. « L'inégalité croissante et extrême menace tout ce qui nous est cher : nos démocraties, nos économies, notre planète et notre société au sens large. Dans notre monde de plus en plus connecté, il s'agit d'un problème mondial qui exige des solutions mondiales. C'est pourquoi mon groupe, Patriotic Millionaires, est fier de s'associer à plus de 50 organisations internationales pour appeler les dirigeants du G20 à respecter leur engagement à coopérer pour taxer plus efficacement les super-riches », a déclaré Morris Pearl, président de Patriotic Millionaires et ancien directeur général de BlackRock, relayé par Oxfam.
Leur appel rejoint celui du mouvement #TaxTheSuperRich, qui rassemble des organisations engagées dans la lutte contre les inégalités et pour un modèle économique plus durable rappelle La Voix du Nord. Un sondage récent mené auprès de 2 902 millionnaires dans les pays du G20 révèle que 70 % d’entre eux estiment qu’il est nécessaire d’augmenter les impôts des plus riches pour financer les services publics et réduire les inégalités. Loin d’être un débat marginal, la question de la justice fiscale s’impose comme un enjeu politique majeur sur la scène internationale.
Le G20 sous pression : entre promesses et inaction
En juillet 2024, les ministres des Finances du G20, réunis à Rio de Janeiro, ont publié une déclaration commune sur la coopération fiscale internationale, reconnaissant la nécessité d’une taxation plus équitable des ultra-riches, relate Le Monde. En novembre 2024, lors du sommet des dirigeants du G20, les États membres ont officiellement accepté de coopérer pour imposer les milliardaires à l’échelle mondiale. Pourtant, cette déclaration d’intention ne s’est toujours pas traduite en mesures concrètes.
Les résistances politiques freinent toute avancée majeure. Les États-Unis et l’Allemagne s’opposent fermement à la mise en place d’un impôt minimum international sur les grandes fortunes, arguant que la fiscalité doit rester une compétence nationale. En revanche, la France, l’Espagne, l’Afrique du Sud et l’Union africaine plaident pour une taxation mondiale des ultra-riches afin de réduire les inégalités et d’investir dans les infrastructures publiques et la transition écologique.
Les discussions restent bloquées par un désaccord fondamental sur la souveraineté fiscale et la peur des délocalisations de capitaux. L’absence d’un cadre global favorise l’évasion fiscale et permet aux milliardaires de continuer à échapper aux impôts en transférant leurs fortunes dans des paradis fiscaux.
Milliardaires : Une mobilisation pour une taxation immédiate
Oxfam et plus de 50 organisations internationales réclament des actions immédiates de la part des gouvernements pour mettre fin aux abus fiscaux des ultra-riches. Leur revendication principale est la mise en place d’un impôt progressif qui permettrait non seulement de réduire les inégalités, mais aussi de financer les services publics et la transition écologique.
Le mouvement #TaxTheSuperRich, qui regroupe des acteurs de la société civile, des économistes, des responsables politiques et des citoyens engagés, exige :
- Un impôt minimum mondial sur les ultra-riches pour empêcher l’évasion fiscale.
- Une redistribution des richesses via des investissements dans les services publics et les infrastructures écologiques.
- Un cadre de coopération fiscale mondial, soutenu par les Nations Unies, pour harmoniser les taux d’imposition et éviter la concurrence fiscale entre États.
L’inaction politique ne pourra pas durer éternellement. Avec une concentration des richesses à un niveau historiquement inégalé, la pression monte sur les gouvernements pour qu’ils cessent de protéger les grandes fortunes et mettent en place une fiscalité réellement équitable.