Une étude clinique présentée à Chicago pourrait marquer une avancée majeure dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Un médicament expérimental ciblant un facteur de risque génétique montre des résultats impressionnants.
Maladie cardiaque : un médicament révolutionnaire trouvé après un essai de Lilly

Le 30 mars 2025, au cœur du prestigieux congrès de l’American College of Cardiology, la société pharmaceutique Eli Lilly a dévoilé des résultats préliminaires d’un essai clinique qui pourraient bien provoquer une onde de choc dans le traitement des pathologies cardiovasculaires. Son candidat médicament, le lepodisiran, a démontré la capacité de réduire de 94 % en moyenne un facteur de risque génétique majeur, longtemps ignoré du grand public : la lipoprotéine(a), ou Lp(a).
Il ne s’agit pas ici d’un simple progrès marginal. C’est un changement de paradigme. Car si la majorité des approches thérapeutiques actuelles ciblent le cholestérol LDL, la Lp(a), elle, échappait jusqu’ici à toute tentative de régulation. Elle constitue pourtant un facteur aggravant décisif dans les cas d’infarctus, d’AVC, d’athérosclérose périphérique, voire de sténose valvulaire aortique. Sa présence est entièrement d’origine génétique, et son rôle est aujourd’hui considéré comme autonome et indépendant des autres lipides sanguins.
Un test clinique prometteur : la piste génétique enfin ciblée
Dans cette étude de phase intermédiaire, 210 participants ont été répartis entre deux groupes. 141 patients ont reçu une ou deux injections de lepodisiran à 400 mg, tandis que 69 autres ont reçu un placebo. Après six mois de suivi, les taux de Lp(a) chez les patients traités ont chuté de 93,9 % en moyenne.
Il convient ici de souligner la rareté de l’événement : aucun effet indésirable grave n’a été constaté dans le groupe traité. La tolérance du produit s’est révélée excellente, ce qui renforce sa légitimité à entrer rapidement dans les phases suivantes du processus de validation clinique. Le Dr Steven Nissen, chercheur principal de l’essai et cardiologue à la Cleveland Clinic, a déclaré lors de la présentation :
« What we have is a drug that can lower lipoprotein(a) with very infrequent administration ».
Autrement dit, non seulement l’effet est massif, mais la fréquence d’administration est exceptionnellement faible, ce qui pourrait transformer le quotidien des patients chroniques, habituellement contraints à des prises régulières, parfois contraignantes, de traitements divers.
Cardiaque : vers une nouvelle logique thérapeutique
Ce médicament ne s’attaque pas à un symptôme. Il cible l’architecture moléculaire du risque cardiovasculaire. Là où les statines peinent à contenir des phénomènes héréditaires, le lepodisiran propose un modèle disruptif : l’extinction du danger à la source génétique.
Si l’effet sur les biomarqueurs est indiscutable, la question centrale demeure : cette réduction drastique de Lp(a) entraînera-t-elle une baisse réelle de la mortalité cardiovasculaire ? Pour cela, un essai de phase 3 de grande ampleur est indispensable. Et il est déjà en cours. L’entreprise a indiqué que l’ensemble du recrutement des patients serait finalisé d’ici fin 2025, ouvrant la voie à une possible autorisation conditionnelle dès 2026.
Cette approche offre aussi une opportunité stratégique pour la médecine de précision. Les patients porteurs d’un taux élevé de Lp(a), souvent ignoré ou sous-estimé par les bilans classiques, pourraient désormais être identifiés, suivis et traités avant tout événement clinique majeur. Une bascule vers la prévention primaire génétique, où l'intervention précède l'accident.
Une course technologique et industrielle bien lancée
Le marché potentiel est gigantesque. Avec 1,4 milliard de personnes concernées dans le monde, les enjeux économiques sont à la hauteur des attentes médicales. En Europe comme aux États-Unis, le besoin d’alternatives innovantes face aux maladies chroniques non transmissibles est devenu un impératif stratégique. Le médicament de Lilly pourrait ainsi s’inscrire dans une nouvelle génération de traitements à fort impact populationnel mais faible fréquence d’administration – un modèle économiquement vertueux.
La concurrence ne reste pas inactive. Amgen développe son propre inhibiteur, l’olpasiran, tandis que Novartis mise sur le pelacarsen. La société Silence Therapeutics avance avec son zerlasiran, et Lilly elle-même explore une alternative orale, baptisée muvalapline. Même Merck entre dans la course, via un accord avec le laboratoire chinois Jiangsu Hengrui pour le développement du HRS-5346.
Mais à ce jour, aucun de ces projets n’affiche la combinaison unique d’efficacité, de sécurité et de simplicité d’administration que semble offrir le lepodisiran.
Et maintenant ? L’horloge réglementaire est lancée
L’approbation du médicament dépendra des résultats de phase 3, qui devront établir non seulement une baisse des biomarqueurs, mais surtout une réduction significative des événements cliniques graves. L’Agence européenne des médicaments (EMA) et la Food and Drug Administration (FDA) attendent avec attention les prochaines publications.
D’un point de vue sanitaire, ce traitement pourrait inciter les systèmes de santé à intégrer le dosage de la Lp(a) dans les dépistages systématiques, aujourd’hui encore trop rarement pratiqués. Et les patients porteurs de mutations héréditaires pourraient bénéficier d’un suivi plus adapté, plus précoce, et enfin thérapeutique.
Quant à la population générale, cette innovation rappelle une vérité essentielle : le risque cardiaque ne se résume pas à l’alimentation ou au tabac. Une part invisible, génétique, silencieuse, pèse lourd dans les statistiques. Le lepodisiran ne règle pas tout, mais il pourrait bien être la première pierre d’une médecine cardiovasculaire réellement personnalisée.