Les propriétaires bailleurs sont de plus en plus nombreux à faire face à des loyers impayés, un fléau qui met en péril leur rentabilité locative et peut les plonger dans des situations financières délicates. Entre procédures judiciaires interminables et assurances parfois coûteuses, quelles sont les options à leur disposition ?
Loyers impayés : quelles solutions pour les propriétaires ?

En 2025, la situation des propriétaires bailleurs se tend de plus en plus face à l'augmentation des loyers impayés. Selon les derniers chiffres, environ 3,5 % des loyers en France ne sont plus honorés, un taux qui a triplé depuis 2020. Un phénomène inquiétant qui s'explique par la conjoncture économique, la hausse du coût de la vie et des difficultés financières croissantes pour les locataires.
Face à cette montée des impayés, les recours juridiques sont souvent longs et coûteux, laissant les bailleurs dans une situation d'incertitude prolongée. Faut-il souscrire à une assurance ? Modifier la législation pour expulser plus rapidement les mauvais payeurs ? Ou encore, faire porter cette charge aux locataires eux-mêmes ?
Pourquoi les loyers impayés explosent-ils ?
Le phénomène des loyers impayés ne s'explique pas uniquement par des locataires de mauvaise foi. Plusieurs facteurs sont en cause :
- Une inflation galopante : le coût des biens de consommation et de l'énergie a fortement augmenté, grevant le budget des ménages. Résultat, certains arbitrent entre payer leur loyer ou leurs dépenses essentielles.
- Des salaires qui stagnent : dans de nombreuses professions, la hausse des rémunérations ne suit pas l'inflation, rendant le paiement du loyer plus difficile pour les ménages les plus modestes.
- Un cadre juridique peu favorable aux propriétaires : la législation française protège fortement les locataires, rendant les procédures d'expulsion extrêmement longues. Un locataire en situation d'impayé peut rester dans le logement plusieurs mois, voire plus d'un an, avant d'être légalement expulsé.
- La trêve hivernale : chaque année, du 1er novembre au 31 mars, les expulsions sont interdites, même en cas d'impayés persistants. Cela complique encore davantage la récupération des biens par les bailleurs.
Quels recours pour les propriétaires ?
Face à un locataire qui cesse de payer son loyer, plusieurs options existent, mais elles sont loin d'être immédiates.
La mise en demeure et l'assignation en justice
Dès le premier impayé, il est conseillé d'envoyer une mise en demeure au locataire par courrier recommandé. Si la situation perdure, le propriétaire peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir une injonction de payer.
Mais la procédure peut prendre plusieurs mois, voire plus d'un an, avant d'aboutir.
L'expulsion, un parcours du combattant
Même après une décision de justice favorable, l'expulsion ne peut être exécutée qu'avec l'aval du préfet. Et dans de nombreux cas, ce dernier refuse de mobiliser les forces de l'ordre pour déloger les occupants.
Et en attendant, le propriétaire continue de subir une perte financière importante et reste responsable des charges et taxes foncières.
Les assurances loyers impayés (GLI)
Souscrire une Garantie Loyers Impayés (GLI) permet de se protéger contre les défauts de paiement. L'assurance prend en charge le recouvrement des loyers et peut même couvrir certains frais juridiques.
Le coût moyen varie entre 2,5 et 5 % du montant du loyer annuel. Le locataire doit également répondre à des critères stricts de solvabilité pour que l'assurance accepte de le couvrir.
La garantie Visale : une alternative gratuite, mais limitée
Le dispositif Visale, financé par Action Logement, couvre gratuitement certains profils de locataires (jeunes de moins de 30 ans, salariés précaires). Il garantit le paiement des loyers en cas de défaut. Mais tous les locataires ne sont pas éligibles, et la couverture est plafonnée dans le temps.
Quelles solutions sont envisagées pour lutter contre les impayés ?
Vers une assurance obligatoire pour les locataires ?
Une proposition défendue par la députée Annaïg Le Meur suggère de transférer le coût des assurances loyers impayés aux locataires. L'idée est simple : si le locataire doit souscrire à une assurance obligatoire, il sera plus responsable et le propriétaire sera automatiquement protégé.
Les avantages : soulager les propriétaires de cette charge financière et permettre d'accepter davantage de profils de locataires sans risque.
Les inconvénients : alourdit le budget des locataires déjà fragiles et risquer d'exclure des ménages les plus modestes.
Un nouveau statut pour les batteurs ?
De nombreuses fédérations immobilières, dont la Fédération Nationale de l'Immobilier (FNAIM), plaident pour un statut plus protecteur des bailleurs privés. Cela pourrait inclure :
- Des déductions fiscales pour amortir les impayés.
- Une simplification des procédures d'expulsion pour éviter des délais excessifs.
- Une meilleure reconnaissance du rôle des propriétaires dans l'économie du logement.
Suppression de la trêve hivernale ?
Certains professionnels, comme Sylvain Grataloup, président de l'Union des propriétaires immobiliers, réclament la suppression de la trêve hivernale. Selon eux, ce dispositif favorise les locataires défaillants et prolonge artificiellement les situations d'impayés.