Les beaux jours approchent, mais l’ambiance est loin d’être estivale dans les carnets d’épargne. Derrière les apparences d’une accalmie, une dégringolade s’esquisse pour les livrets réglementés. Faut-il s’y préparer dès maintenant ?
Livret A : l’été 2025 s’annonce glacial pour les taux d’épargne

Le 1er août 2025 pourrait marquer une nouvelle étape dans la désillusion des épargnants français. Après une première réduction du taux du livret A intervenue le 1er février dernier, les regards se tournent vers la prochaine révision semestrielle. Si rien n’est encore gravé dans le marbre, tous les indicateurs convergent vers un scénario alarmant. La Banque de France, appuyée par les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), alimente désormais les craintes d’une baisse significative du rendement, dont les conséquences pourraient s’avérer délétères pour plus de 56 millions de détenteurs.
Un livret A bientôt à 1,7 % ? Scénario plausible ?
La mécanique de calcul du taux du livret A ne laisse guère de place à la fantaisie. Régie par une formule officielle, cette rémunération repose sur la moyenne semestrielle de deux éléments clés :
– l’inflation annuelle hors tabac,
– le taux interbancaire €STR (Euro short-term rate) calculé par la Banque centrale européenne (BCE).
À en croire les chiffres publiés par l’Insee le 28 mars 2025, l’inflation annuelle est retombée à 0,8 % en mars, stable par rapport à février. Pour la première fois depuis février 2021, elle glisse durablement sous le seuil des 1 %. Du côté des marchés financiers, la BCE a abaissé ses taux directeurs à deux reprises, le 5 février et le 12 mars, tirant vers le bas les taux interbancaires – désormais attendus autour de 2,46 % en moyenne semestrielle.
Le calcul est limpide : une moyenne entre 1 % d’inflation et 2,46 % de taux interbancaire aboutit à 1,73 %, soit un taux arrondi à 1,7 % pour le livret A au 1er août, comme l’anticipe Capital.fr (28 mars 2025). Une projection validée par plusieurs experts, dont Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, qui évoque « une nouvelle baisse fort probable » sur MerciPourLinfo.fr.
LDDS, LEP, CEL : des effets collatéraux en cascade sur tous les taux de tous livrets réglementés
Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), aligné sur le livret A, suivra naturellement la même pente glissante. Même logique pour le Livret jeune et le Compte épargne logement (CEL), dont les taux sont indexés ou influencés par le livret A.
Plus stratégique encore : le Livret d’épargne populaire (LEP), seul produit d’épargne censé protéger les ménages modestes contre l’érosion monétaire, pourrait lui aussi être touché. Déjà réduit à 3,5 % au 1er février 2025, il risque de passer à 2,5 % cet été si l'État n’intervient pas.
Pour rappel, la Banque de France a la possibilité de déroger à la formule via une recommandation spéciale, tout comme le ministère de l’Économie, qui reste le décideur final. Mais faut-il encore que la volonté politique suive. Philippe Crevel s’interroge d’ailleurs : « Cela m’étonnerait que le taux soit fixé en dessous [des projections], car il y a déjà eu une baisse de 0,6 point au 1er février ».
Des taux en chute, un pouvoir d’achat stable : mais à quel prix pour l’épargne ?
Cette contraction du rendement des livrets réglementés est la conséquence directe de la désinflation observée depuis fin 2024, saluée pour ses effets positifs sur le pouvoir d’achat. Après avoir culminé à 6,3 % en janvier 2023, l’indice des prix à la consommation poursuit une décrue spectaculaire. Une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des ménages mais qui a ses mauvais côtés.
Mais derrière cette façade rassurante se cache une autre réalité : la rémunération réelle de l’épargne s’effondre. Le taux du livret d’épargne préféré des Français, abaissé de 3 % à 2,4 % le 1er février 2025, devrait encore plonger cet été. L’enjeu est d’autant plus critique que 82 % des Français détiennent un livret A. Le risque ? Voir ces dépôts basculer vers des produits risqués ou non réglementés, face à un rendement jugé de plus en plus dissuasif.