Les chiffres sont là. Mais que racontent-ils vraiment ? Derrière la relance apparente de l’industrie chinoise, une mécanique plus instable qu’elle n’en a l’air. Le réveil de la demande est-il durable ou artificiel ?
L’industrie chinoise redémarre plus vite qu’attendu
Le 31 mars 2025, Pékin a annoncé une progression inattendue de son activité industrielle. L’indice des directeurs d’achat (PMI – Purchasing Managers’ Index) a atteint 50,5 en mars, dépassant le seuil critique de 50 qui sépare expansion et contraction. Une hausse inédite depuis un an. Ce regain, aussitôt salué par les places financières asiatiques, ne suffit pourtant pas à masquer les tendances fragiles qui persistent dans les rouages de la deuxième puissance économique mondiale. Dans un climat de tensions commerciales ravivées et de relance budgétaire sous perfusion, faut-il croire à un véritable redémarrage industriel chinois ?
Une industrie chinoise dopée par la relance… et les illusions
À première vue, les données officielles font frémir les commentateurs : le PMI manufacturier grimpe de 49,1 en janvier à 50,5 en mars. Le sous-indice de la production atteint 52,6, tandis que celui des nouvelles commandes s’élève à 51,8. Le retour au travail post-fête du Printemps a mécaniquement dopé les cadences. Zhao Qinghe, statisticien du National Bureau of Statistics (NBS), souligne dans Economic Times que « les activités de production et d’exploitation des entreprises se sont accélérées ».
Mais l’effet d’annonce masque une réalité moins glorieuse. L’indice d’emploi reste en repli à 48,2, révélant que les ateliers ne réembauchent pas. Autrement dit, une industrie qui produit davantage avec moins de main-d’œuvre n’est pas nécessairement synonyme de vitalité durable, mais de gains de productivité forcés. Julian Evans-Pritchard, économiste chez Capital Economics, enfonce le clou dans les colonnes de CNBC : « La tendance sous-jacente reste faible. La croissance manufacturière semble alimentée par des mesures de relance, mais cela pourrait s’essouffler à mesure que les effets s’estompent ».
Industrie chinoise : Une demande sous perfusion, un moteur à l’arrêt
L’amélioration de l’indice des nouvelles commandes témoigne d’un frémissement de la demande, notamment intérieure. Pourtant, la consommation reste étale. Le secteur immobilier, toujours enlisé dans une crise de liquidité, limite l’effet de richesse sur les ménages urbains. De plus, la faiblesse persistante de l’indice de l’emploi confirme que les foyers ne voient pas leur pouvoir d’achat progresser.
Les exportations chinoises, autrefois pilier de la dynamique industrielle, subissent un coup de semonce. Avec le retour en force des tarifs douaniers américains, annoncés par le président Donald Trump, la Chine risque une rechute brutale de sa demande externe. Zhiwei Zhang, économiste chez Pinpoint Asset Management, avertit : « Le secteur manufacturier fait face à un risque de baisse au deuxième trimestre en raison du ralentissement de la demande extérieure ».
À cela s’ajoute une question clé : qui va consommer ces biens supplémentaires ? Si les marchés occidentaux ferment leurs frontières commerciales, le trop-plein industriel risque de retomber comme un soufflé. En clair, une industrie sans demande solvable, intérieure comme extérieure, n’est qu’un moteur en roue libre.
Une stratégie budgétaire risquée : dépenses massives, effets incertains
Face à cette situation, Pékin s’est engagé sur un plan de relance sans précédent. L’objectif de croissance reste officiellement fixé à « près de 5 % » pour 2025, une cible jugée « ambitieuse » par de nombreux analystes. Pour l’atteindre, le déficit budgétaire a été relevé à 4 % du PIB. L'État promet la création de 12 millions d’emplois urbains, des crédits bonifiés et la levée partielle des restrictions sur l’achat de logements.
Mais ces annonces suscitent un scepticisme croissant. Une industrie dopée par la dépense publique ne crée pas de dynamique autonome. Elle crée des stocks. Les chiffres du mois de mars révèlent que l’indice des stocks de matières premières reste sous le seuil, à 47, ce qui traduit une prudence persistante des industriels quant à la reprise.
L’indice PMI composite, qui combine les performances du secteur manufacturier et non-manufacturier, atteint 51,1 en février selon le National Bureau of Statistics. Il reflète une amélioration, mais timide, du climat économique général. L'indice des services, à 50,8 en mars, affiche lui aussi une performance modeste, tirée essentiellement par la construction (+3,4 points) mais avec une demande sous-jacente en berne.
La reprise de l’industrie chinoise reste très incertaine
La hausse de l’industrie chinoise en mars 2025 a beau cocher toutes les cases de la relance conjoncturelle – rebond statistique, annonces budgétaires, regain temporaire de production – elle ne constitue pas encore une preuve de redémarrage durable. L’absence de créations massives d’emplois, la dépendance à la dépense publique, et la menace des barrières douanières américaines assombrissent le tableau.
Les usines tournent, mais les commandes restent fragiles. La demande, quant à elle, vacille entre soutien étatique et incertitudes mondiales. La Chine veut afficher une puissance retrouvée. Mais derrière les projecteurs, le décor reste fragile. Et les fondations de son moteur industriel encore trop instables pour supporter une reprise véritablement autonome.