Salaires en berne, inflation galopante et Sénat impassible. La droite et le centre ont opposé un refus catégorique à une proposition de loi visant à indexer les salaires sur la hausse des prix. Pendant ce temps, en Belgique et au Luxembourg, les travailleurs voient leur rémunération ajustée mécaniquement à l’inflation.
Pouvoir d’achat : pourquoi la droite sabote l’indexation des salaires sur l’inflation ?
Le 19 février 2025, la proposition de loi portée par le groupe communiste pour indexer les salaires sur l’inflation a été sèchement rejetée par le Sénat. La mesure aurait permis une revalorisation automatique des salaires en fonction de la hausse des prix. La droite et le centre, majoritaires à la chambre haute, ont dénoncé une atteinte au « dialogue social » et un risque de spirale inflationniste. Pendant ce temps, en Belgique, au Luxembourg ou encore à Chypre, des dispositifs similaires existent depuis des décennies. Alors pourquoi ce rejet catégorique en France ?
Indexation des salaires sur l’inflation : une proposition portée par la gauche et inspirée des voisins européens
Les sénateurs communistes, emmenés par Cathy Apourceau-Poly, souhaitaient instaurer une « échelle mobile des salaires », inspirée du modèle belge. L’objectif ? Imposer aux entreprises du secteur privé ainsi qu’à l’État une revalorisation automatique des rémunérations au minimum au niveau de l’inflation.
L’indexation des salaires n’est pas une idée farfelue sortie du chapeau rouge des communistes français. En Belgique, l’ensemble des travailleurs bénéficie d’un ajustement automatique de leur salaire en fonction de l’inflation. Au Luxembourg, la situation est similaire : dès que l’indice des prix augmente de 2,5 %, les salaires sont relevés de manière proportionnelle. À Chypre et à Malte, des mécanismes proches existent également.
Pays | Indexation des salaires | Modalités d’application |
---|---|---|
Belgique | Oui | Automatique, basée sur l’inflation |
Luxembourg | Oui | Augmentation de 2,5 % dès que l’inflation atteint ce seuil |
Chypre | Partielle | Négociée par les syndicats chaque année |
France | Non | Aucun mécanisme généralisé |
Cathy Apourceau-Poly, à la tribune du Sénat citée par 20Minutes : « Le smic est indexé sur l’inflation, les pensions de retraite sont indexées sur l’inflation, les prestations sociales sont indexées sur l’inflation, mais les salaires, eux, ne le sont pas. Il est grand temps que les choses changent. »
La droite et le gouvernement opposent un refus net : l'indexation des salaires c'est "niet"
Pas de miracle. Comme prévu, la droite et le centre ont balayé cette proposition d’un revers de main. Résultat du vote : 111 voix pour (gauche) et 225 contre (droite et centre).
Pourquoi ce rejet ?
Selon la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, indexer les salaires sur l’inflation reviendrait à transférer la facture aux employeurs. Cela pourrait, selon elle, freiner l’investissement et pousser certaines entreprises à licencier pour compenser ces hausses salariales obligatoires.
Un risque inflationniste ?
Le refrain bien connu : des salaires qui montent entraînent des coûts plus élevés pour les entreprises, qui répercutent ces hausses sur leurs prix. Résultat ? L’inflation augmente encore plus, créant une boucle prix-salaires incontrôlable. Pourtant, en Belgique, aucune explosion inflationniste n’a été observée à cause de ce mécanisme.
La sacro-sainte négociation collective
Pour la droite, imposer l’indexation des salaires, c’est court-circuiter le dialogue social entre employeurs et salariés. Selon la sénatrice Frédérique Puissat (Les Républicains), la proposition communiste « risquerait d’escamoter le dialogue social », pourtant central dans la fixation des salaires en France. « Notre logique politique est et reste de laisser les partenaires sociaux négocier entre eux et de ne surtout pas encourager l’État à administrer les salaires. »
Qui protège vraiment le pouvoir d’achat des travailleurs ?
D’un côté, un gouvernement qui refuse l’indexation des salaires sous prétexte de préserver l’économie et l’emploi. De l’autre, une inflation qui dévore le pouvoir d’achat des salariés. En 2023, le salaire réel moyen en France a baissé de près de 2 %, alors qu’il progressait de 5 % en Belgique. « La droite enchaîne les textes qui tapent sur ceux qui ne veulent, d’après eux, ‘pas bosser’, mais beaucoup ne peuvent même pas vivre décemment de leur travail », tacle de son côté Cécile Cukierman, la présidente du groupe communiste, citée par Public Sénat. .
Comparaison de l’évolution du salaire réel moyen en 2023
Pays | Variation du salaire réel moyen (2023) |
---|---|
Belgique | +5 % |
Luxembourg | +3,5 % |
France | -1,8 % |
Autrement dit, les travailleurs français sont ceux qui perdent le plus face à l’inflation, sans aucun dispositif structurel pour garantir leur pouvoir d’achat. Pendant que le gouvernement supplie les entreprises d’augmenter les salaires, la Belgique applique un mécanisme qui fonctionne depuis des décennies.
L’indexation des salaires n’a rien d’utopique. Elle est appliquée dans plusieurs pays européens et permet de préserver le niveau de vie des travailleurs. En France, le Sénat s’y est opposé par principe, sous prétexte de défendre le « dialogue social » et d’éviter une hausse des coûts pour les entreprises. Résultat ? Les salaires stagnent et l’inflation continue de rogner le pouvoir d’achat.