La Hongrie claque la porte d’une institution de justice mondiale. Et ce n’est pas un simple caprice diplomatique. Derrière cette décision, une mécanique de pouvoir s’enclenche.
La Hongrie quitte la Cour pénale internationale, Israël se frotte les mains
La France, comme d'autres pays européens, est obligée de respecter certaines règles édictées par les instances internationales. Elle doit notamment arrêter les personnes condamnées par la Cour pénale internationale. Une obligation dont certains pays s'affranchissent.
Pourquoi la Hongrie quitte un tribunal international
La Cour pénale internationale (CPI) est un tribunal capable de poursuivre des chefs d’État pour crimes de guerre ou génocide. Un tribunal que même les dirigeants redoutent. Fondée en 2002, et dont le siège est situé à La Haye, aux Pays-Bas, elle n’a ni armée ni police, mais ses mandats d’arrêt peuvent bouleverser les relations diplomatiques mondiales. Et voilà que la Hongrie annonce qu’elle s’en retire.
La nouvelle, tombée le 3 avril 2025, aurait pu passer inaperçue. Mais elle cache une transformation majeure : un membre de l’Union européenne rejette publiquement une instance internationale fondée pour faire juger les crimes les plus graves. Pourquoi est-ce important ? Parce que la CPI, même si elle est peu connue du grand public, est un des rares outils existants pour garantir une justice globale, quand des États échouent à juger leurs propres dirigeants.
La CPI, qu’est-ce que c’est exactement ?
Créée après les guerres et les génocides de la fin du XXe siècle, la Cour pénale internationale a pour mission de juger les auteurs de crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocides, quand les systèmes judiciaires nationaux ne peuvent ou ne veulent pas le faire. Elle s’appuie sur un texte fondateur appelé le Statut de Rome, que 125 États ont ratifié. La France en fait partie.
La Cour ne peut cependant pas intervenir partout : seuls les pays signataires du Statut sont censés coopérer avec elle. Si une personnalité visée par un mandat de la CPI voyage dans un de ces pays, celui-ci a théoriquement l’obligation de l’arrêter.
Pourquoi la Hongrie tourne-t-elle le dos à cette juridiction ?
C’est ici que les choses se compliquent. Le retrait hongrois n’a pas été décidé dans le vide. Il est intervenu au moment précis où le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, visé par un mandat d’arrêt de la CPI depuis novembre 2024, était en visite officielle à Budapest. Il n’en fallait pas plus pour faire exploser la neutralité apparente de cette décision.
En effet, la Hongrie de Viktor Orbán, connue pour ses positions souverainistes, dénonce depuis longtemps la CPI comme une institution « politisée ». Son gouvernement estime que cette cour s’attaque à des États de manière sélective, en ignorant d’autres situations pourtant graves. La présence de Benjamin Netanyahou, dont les opérations militaires à Gaza ont provoqué de nombreuses accusations de crimes de guerre, a précipité ce geste politique. La Hongrie devient ainsi le premier pays de l’Union européenne à quitter officiellement cette institution.
La justice internationale fragilisée
Bonne question. Après tout, Budapest est loin, et la CPI ne fait pas la une des journaux. Pourtant, ce retrait fragilise un pilier fragile mais fondamental du droit international. Si d’autres pays suivent l’exemple hongrois, alors les chefs de guerre, les dictateurs, les criminels de masse auront un nombre croissant de lieux où ils pourront circuler sans crainte.
La justice internationale ne peut fonctionner que si elle est soutenue collectivement. Quand un pays la quitte, il envoie un message de défiance. Quand ce pays appartient à un bloc comme l’Union européenne, qui se présente comme un champion de l’État de droit, l’effet est encore plus corrosif.
Quel est le lien avec Israël et la guerre en cours ?
La CPI a lancé un mandat contre Netanyahou en lien avec la situation à Gaza. C’est un acte fort, mais difficile à appliquer sans coopération des pays. Or, la Hongrie, en accueillant Netanyahou et en se retirant de la Cour, offre une forme de protection politique. Cela complique les efforts pour rendre la justice, et affaiblit les mécanismes destinés à empêcher les crimes de guerre. Pour un dirigeant visé, chaque pays qui se retire devient un refuge possible.
Deux pays avaient déjà quitté la CPI avant la Hongrie : le Burundi et les Philippines. Aucun n’était membre de l’Union européenne. C’est ce qui rend ce nouveau départ si remarquable : il normalise l’idée que la justice internationale est facultative.