Géant site de fusion nucléaire en Chine : que risquent les autres pays ?

Des images satellites récentes ont révélé un projet colossal en Chine : une installation de fusion nucléaire par laser qui pourrait surpasser toutes les infrastructures existantes.

Jade Blachier
Par Jade Blachier Publié le 13 février 2025 à 14h16
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50 %L'installation nucléaire hors norme en Chine dépasse de 50% celle des Etats-Unis.

Le 10 février 2025, plusieurs agences de renseignement et experts en imagerie satellitaire ont confirmé la construction d’une installation nucléaire hors norme en Chine, près de la ville de Mianyang, dans la province du Sichuan. Ce projet titanesque repose sur une technologie de fusion par confinement inertiel à l’aide de lasers, un procédé qui pourrait fournir une énergie propre quasi illimitée… mais aussi permettre le développement d’armes nucléaires tactiques de nouvelle génération.

Depuis plusieurs décennies, la Chine investit massivement dans le domaine du nucléaire, cherchant à rattraper et dépasser les États-Unis et l’Europe dans la maîtrise de la fusion nucléaire. Alors que le monde s’apprête à basculer vers une ère énergétique post-fossile, Pékin prend une avance technologique qui ne laisse personne indifférent.

Un projet qui surpasse les ambitions nucléaires américaines

L’installation de Mianyang, baptisée Laser Fusion Major Device Laboratory, a été découverte grâce aux analyses d’images satellites menées par des experts de la CNA Corp et du James Martin Center for Nonproliferation Studies (CNS). Elle se distingue par des dimensions impressionnantes qui dépassent de 50 % celles du National Ignition Facility (NIF), le centre américain de référence en fusion laser. L’architecture du site repose sur une structure en X avec quatre bras périphériques qui dirigent les faisceaux laser vers une chambre centrale où se dérouleront les expériences de fusion. La rapidité de construction de cette installation est également frappante : en 2020, il ne s’agissait que d’un terrain vague, et en seulement cinq ans, elle est déjà en phase opérationnelle.

Contrairement aux réacteurs basés sur la technologie Tokamak, comme ITER en France, qui utilisent un confinement magnétique du plasma, la fusion par laser repose sur un confinement inertiel. Ce procédé consiste à bombarder des isotopes d’hydrogène, principalement du deutérium et du tritium, avec des faisceaux laser d’une puissance phénoménale afin de recréer les conditions de température et de pression extrêmes présentes au cœur des étoiles. En atteignant ces conditions, la réaction de fusion nucléaire se déclenche et libère une quantité d’énergie potentiellement supérieure à celle nécessaire à l’activation du processus. Si cette méthode atteint un rendement positif, elle pourrait transformer le paysage énergétique mondial en proposant une alternative viable aux énergies fossiles sans produire de déchets hautement radioactifs.

Un programme qui inquiète les États-Unis

Officiellement, la Chine présente ce projet comme une initiative purement scientifique et énergétique. De nombreux experts en sécurité internationale pointent un aspect plus inquiétant. La fusion par confinement inertiel permettrait non seulement de produire une énergie propre et durable, mais aussi de mener des expériences pouvant servir à la mise au point d’armes nucléaires sans avoir recours à des essais réels. Ce point est particulièrement sensible au regard du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), qui interdit toute explosion expérimentale d’armes atomiques. Grâce à ce laboratoire, la Chine pourrait donc tester et perfectionner son arsenal nucléaire en toute discrétion, ce qui inquiète fortement Washington.

Les agences de renseignement américaines suivent de près l’évolution du projet. Selon plusieurs analystes, cette infrastructure pourrait permettre à Pékin d’accroître la précision et l’efficacité de ses armes nucléaires sans procéder à des tests réels. En renforçant ses capacités en fusion laser, la Chine se doterait d’un atout technologique lui assurant une avance stratégique dans la course aux armements. D’un autre côté, ce programme lui permettrait également d’atteindre une indépendance énergétique, réduisant drastiquement sa dépendance aux importations de gaz et de pétrole. C’est précisément cette double finalité qui alarme le Pentagone et les services de renseignement occidentaux, qui y voient une rupture potentielle dans l’équilibre des forces mondiales.

Quelles conséquences pour l’avenir du nucléaire ?

Si la Chine parvient à stabiliser la fusion par laser à grande échelle, les conséquences sur le marché énergétique mondial seraient considérables. La production d’une énergie propre, abondante et sans déchets hautement radioactifs pourrait complètement transformer les systèmes énergétiques, mettant fin à la dépendance aux hydrocarbures et aux combustibles fissiles comme l’uranium et le plutonium. Cette avancée marquerait un tournant décisif vers une transition énergétique durable et autonome, réduisant l’empreinte carbone et sécurisant l’approvisionnement énergétique de la Chine pour les décennies à venir.

Ce projet pourrait également relancer une nouvelle course technologique entre les grandes puissances. Aux États-Unis, le National Ignition Facility pourrait voir son financement augmenter afin de ne pas laisser Pékin prendre une avance décisive. De leur côté, les Européens misent sur ITER, un projet multinational qui repose sur une autre approche de la fusion nucléaire. Si les méthodes divergent, l’objectif reste le même : maîtriser une source d’énergie quasi infinie. Face aux enjeux stratégiques que représente cette avancée chinoise, certains experts estiment qu’un renforcement des contrôles internationaux s’impose. Une surveillance accrue de cette installation pourrait être demandée par la communauté internationale, mais il reste peu probable que la Chine accepte une inspection approfondie de son programme, étant donné l’importance stratégique du projet.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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