Industrie : Marc Ferracci menace de freiner la transition écologique

Le 26 février 2025, la Commission européenne a dévoilé son Pacte pour une industrie propre, un ensemble de mesures destinées à aider les industriels européens à réduire leur empreinte carbone. Mais à peine annoncé, ce plan suscite des critiques. Marc Ferracci, ministre français de l’Industrie, alerte dans un entretien à Les Échos publié ce 27 février 2025 sur son manque d’ambition. Pour lui, l’Europe ne pourra pas respecter ses objectifs climatiques si Bruxelles ne revoit pas sa copie.

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Par Grégoire Hernandez Publié le 27 février 2025 à 16h17
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Industrie : Marc Ferracci menace de freiner la transition écologique - © Economie Matin
60 %60 % des projets de giga-usines de batteries en Europe sont suspendus.

"On ne peut pas faire comme si l'industrie allait naturellement absorber cette contrainte sur la décarbonation." Marc Ferracci.
Pourquoi ce plan est-il jugé trop timide par Paris ? Quels sont les risques pour l’industrie européenne ?

Un Pacte européen loin des attentes de Marc Ferracci

La Commission européenne ambitionne une réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2040 dans l’industrie. Pour cela, elle propose notamment de mobiliser jusqu’à 100 milliards d’euros pour accompagner cette transformation. À première vue, cette somme semble colossale. Pourtant, Marc Ferracci estime que ce plan manque d’envergure, tant sur le calendrier que sur les moyens concrets mis à disposition.

Selon lui, plusieurs problèmes rendent ce Pacte insuffisant :

  • Un sous-investissement chronique : la R&D industrielle en Europe est financée deux fois moins que celle des États-Unis.
  • Une compétitivité en berne : le coût de production a augmenté de 20 % par rapport à la Chine depuis 2022.
  • Une sidérurgie menacée : 60 % des projets de giga-usines de batteries en Europe sont suspendus.

L’urgence est donc palpable. "Nous avons besoin d’un choc de confiance, pas de remèdes homéopathiques", martèle Marc Ferracci.

Parmi les mesures jugées essentielles, la réforme de la taxe carbone aux frontières est l’un des chevaux de bataille du ministre français. Ce dispositif, destiné à taxer les importations de produits issus de pays très émetteurs de CO2, pourrait être un outil puissant pour protéger les industriels européens face à la concurrence asiatique et américaine.

Mais pour être efficace, cette taxe doit être revue sur plusieurs points :

  1. Ne pas se limiter aux produits de base : actuellement, seuls les matériaux bruts (acier, ciment…) sont concernés. Ferracci plaide pour qu’elle s’étende aux produits finis, afin d’éviter un désavantage concurrentiel pour les fabricants européens.
  2. Prendre en compte l’empreinte carbone moyenne d’un pays : aujourd’hui, la taxe repose sur l’impact environnemental de chaque usine individuellement, ce qui permet à des pays comme la Chine de contourner la mesure en construisant quelques unités “vertes” dédiées à l’exportation.
  3. Accorder des quotas CO2 gratuits aux industriels exportateurs : afin de ne pas pénaliser les entreprises européennes sur les marchés extérieurs.

Sur ce point, la Commission européenne reste prudente. Elle envisage une révision, mais seulement en 2026. Un calendrier jugé "beaucoup trop tardif" par Paris.

L’acier européen en danger face à la concurrence chinoise

La sidérurgie européenne est l’un des secteurs les plus exposés. Aujourd’hui, le marché est inondé d’acier chinois massivement subventionné, rendant les productions européennes non compétitives. Marc Ferracci insiste sur la nécessité d’un plan d’urgence pour l’acier, notamment à travers :

  • Un durcissement des quotas d’importation, actuellement définis par une clause de sauvegarde de 2016 qui n’est plus adaptée.
  • Un soutien massif à la décarbonation du secteur, avec des aides simplifiées et accélérées.

Le ministre réunit d’ailleurs plusieurs homologues européens à Paris ce 27 février 2025 pour faire pression sur Bruxelles et obtenir une réponse rapide.

Bruxelles veut imposer des normes strictes, mais sans fournir les outils nécessaires pour que l’industrie puisse suivre.
Marc Ferracci l’a affirmé clairement : "Si on n'améliore pas la copie, je n'assumerai pas cet objectif de réduction des émissions de 90 % en 2040."

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Étudiant en école de journalisme. Journaliste chez Économie Matin depuis septembre 2023.

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