L’Europe sous la menace des tarifs de Donald Trump : faut-il s’inquiéter ?

Après le Canada, le Mexique et la Chine, l’Europe sera-t-elle la prochaine cible des politiques protectionnistes de Donald Trump ? Le président américain a une nouvelle fois durci le ton en annonçant une hausse de 25 % des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium, affirmant vouloir appliquer ces mesures « sans exception et sans exclusion » dès le 12 mars.

Maxime Raturat
Par Maxime Raturat Publié le 3 mars 2025 à 5h00
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trump-ue-preparer-probable-guerre-commerciale - © Economie Matin
15%Trump ne veut pas taxer les multinationales à 15%.

Pourtant, alors que cette décision pourrait fragiliser l’industrie européenne, les marchés boursiers réagissent avec une étonnante sérénité. Depuis le 10 février, l’Eurostoxx 50 enchaîne les records et affiche une progression de 13 % depuis le début de l’année. Une confiance qui contraste avec les risques pesant sur l’économie transatlantique.

Une menace directe pour l’industrie européenne

Les États-Unis importent environ 20 % de l’acier consommé par leurs industriels, et l’Union européenne représente près de 15 % de cet approvisionnement, une part en hausse depuis la présidence de Joe Biden. L’industrie sidérurgique européenne, qui exporte massivement vers le marché américain, se trouve donc en première ligne. Mais ce n’est pas le seul secteur concerné : l’automobile pourrait également être touchée, les constructeurs européens étant fortement dépendants des exportations vers les États-Unis.

Par ailleurs, les tensions commerciales avec Washington risquent d’aggraver une autre tendance : le redéploiement de l’acier chinois bon marché vers d’autres marchés, ce qui exercerait une pression à la baisse sur les prix et fragiliserait davantage les producteurs européens.

Une riposte européenne en préparation

Face à cette situation, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fait savoir que l’UE répondrait de manière « proportionnée » pour défendre ses intérêts économiques. Si aucune mesure concrète n’a encore été annoncée, l’histoire récente suggère que Bruxelles pourrait répliquer en instaurant des surtaxes sur des produits emblématiques américains, comme ce fut le cas lors du premier mandat de Trump.

En parallèle, l’UE privilégie encore la voie diplomatique. Le 12 février, lors d’une réunion des ministres européens du commerce, les discussions ont largement penché en faveur d’une négociation avec Washington. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a d’ailleurs affirmé après un échange avec l’administration américaine que « la coopération » reste l’option privilégiée par les deux parties. Un scénario qui rappelle les exemptions obtenues temporairement par le Canada et le Mexique au début du mois.

Pourquoi les marchés restent-ils si optimistes ?

Si ces tensions commerciales sont porteuses d’incertitudes, elles ne semblent pas entamer l’enthousiasme des investisseurs. Cette complaisance s’explique en partie par la politique monétaire de la Banque centrale européenne. En pleine période de baisse des taux directeurs, les anticipations déflationnistes couplées aux craintes d’un ralentissement économique alimentent la poursuite de cette trajectoire, contribuant à l’optimisme sur les conditions de financement des entreprises européennes.

Par ailleurs, les investisseurs semblent parier sur une résolution diplomatique du conflit. L’UE a montré sa volonté de négocier, et une escalade brutale reste peu probable à court terme. Dans le pire des scénarios, une position plus accommodante de la BCE pourrait compenser une partie des effets négatifs des tarifs douaniers.

À l’approche du 12 mars, les tensions restent vives, mais la réponse européenne sera déterminante. Entre pressions commerciales et volonté de dialogue, Bruxelles tente d’éviter un bras de fer aux conséquences incertaines. Reste à savoir si Donald Trump, fidèle à sa ligne dure en matière de commerce, laissera une porte ouverte à la négociation.

Maxime Raturat

Maxime Raturat est analyste des marchés financiers chez XTB France

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