Un dimanche gris et une question verte. Au cœur de la capitale, la démocratie de proximité s’essaye aux urnes… avec une salle presque vide. La votation citoyenne sur la piétonisation des rues de Paris a eu lieu, mais les Parisiens ne se sont pas déplacés.
Création de 500 rues piétonnes : Paris valide… sans les Parisiens

Le 23 mars 2025, les habitants de Paris étaient appelés à s’exprimer par référendum local sur un projet de transformation urbaine inédit : la piétonisation et la végétalisation de 500 nouvelles rues de la capitale. Ce scrutin, voulu par Anne Hidalgo en clôture de son second mandat, s’inscrit dans une série d’expérimentations démocratiques locales déjà marquées par les précédents votes sur les trottinettes en libre-service et la taxation spécifique des véhicules SUV. Mais si le « oui » l’a largement emporté dans les urnes, l’ampleur de l’abstention interroge autant que les ambitions affichées.
Lors du vote sur la piétonisation des rues à Paris l’abstention l’emporte
Ce dimanche 24 mars 2025 était pluvieux, et seuls 56 500 électeurs ont franchi les portes des bureaux de vote. Soit à peine 4,06 % des inscrits, selon les chiffres exacts rapportés par Le Monde dans son article du 24 mars 2025. Pourtant, le résultat est net : 66 % de "oui" en faveur de la piétonisation et de la végétalisation. Sur les murs de Paris, l’appel était clair : « Pour ou contre rendre piétonnes et végétalisées 500 rues supplémentaires ? »
L’objectif de la mairie est limpide : créer des rues-jardins accessibles à moins de 300 mètres de chaque domicile parisien, dans chaque quartier de la capitale. À raison de cinq à huit rues concernées par arrondissement, 10 000 places de stationnement en surface devraient disparaître, soit 10 % de la capacité actuelle. Mais derrière cette ambition urbaine, une question s’impose : peut-on parler de véritable adhésion quand 96 % des Parisiens ne votent pas ?
Piétonisation : Un projet à 250 millions d’euros pour Paris
Le projet s’annonce colossal. Chaque rue transformée coûtera environ 500 000 euros, soit un total potentiel de 250 millions d’euros, pour une mise en œuvre prévue sur trois à quatre ans. Problème : aucune ligne budgétaire précise n’a été votée à ce jour, comme le souligne Le Monde dans son article du 24 mars. Dans certains arrondissements, les tensions sont déjà palpables. À Montmartre, où une première expérimentation a supprimé massivement les places de stationnement, la colère gronde.
La fracture est aussi générationnelle : pour la première fois, la mairie avait abaissé l’âge de vote à 16 ans. Un geste salué, mais qui n’a pas suffi à mobiliser. Résultat : le débat démocratique est déserté, pendant que les engins de chantier s’apprêtent à entrer en action.
Hidalgo, SUV et urnes vides : une démocratie à bout de souffle ?
À l’hôtel de ville, on parle d’une « démocratie directe locale », d’un urbanisme végétal ambitieux, d’une ville durable. Mais dans les colonnes du Figaro, l’opposition LR fustige une stratégie électoraliste. « Demander aux Parisiens s’ils souhaitent davantage d’espaces verts, c’est comme leur demander s’ils veulent une météo plus clémente », tacle David Alphand, coprésident du groupe Changer Paris. L’élu dénonce une « non-consultation » maquillée en participation. Au fond, cette votation est-elle un baromètre d’adhésion ou une mise en scène verte d’un agenda antivoiture ? La maire socialiste assume. Après les SUV, les trottinettes, voici les rues végétales. Et une promesse : 500 rues refaites, dans une ville rendue aux piétons.
Mais les chiffres rappellent une autre réalité : en 2023, 42 % des Parisiens déclaraient encore utiliser leur voiture au moins une fois par semaine. Ce vote minoritaire pourrait donc imposer une mutation profonde à une majorité silencieuse… et absente.
Piétonisation de Paris : en avant les bulldozer
Dès avril 2025, les commissions d’arrondissement devront identifier les rues concernées. Le choix se fera rue par rue, en concertation avec les mairies locales. La transformation complète devrait s’étaler jusqu’en 2029.
Mais une question reste entière : quelle acceptabilité sociale pour ces chantiers ? En l’absence de débat public structuré, avec un taux de participation aussi bas, l’adhésion réelle des citoyens reste à démontrer.