Les prix des carburants font plaisir à voir en ce mois de mars 2025. Moins d’angoisse à la pompe, plus de souffle dans les portefeuilles : une évolution que personne ne boude, mais dont les ressorts, souvent invisibles, méritent d’être examinés à la loupe.
Carburant : le plein est moins cher, mais pour combien de temps ?

Depuis la semaine du 10 mars 2025, les automobilistes français constatent un soulagement : les prix du carburant connaissent une décrue inédite depuis l’automne dernier. Le gazole tombe à 1,63 euro le litre, le SP95-E10 à 1,68 euro, des niveaux qui ramènent les usagers plusieurs mois en arrière. Mais derrière cette baisse apparente, les mécanismes sont multiples, parfois contre-intuitifs. Et surtout : combien de temps cela va-t-il durer ?
Le carburant à la pompe baisse… mais pas pour tous
Les données ont de quoi redonner le sourire aux automobilistes qui s’apprêtent à remplir le réservoir de leur voiture : le prix du litre de gazole est redescendu sous les 1,68 euro, le SP95-E10 oscille autour des 1,68 euro également. Ces tarifs n’avaient plus été atteints depuis septembre 2024, rappelle Le Figaro.
La réalité de la pompe, pourtant, s’avère plus nuancée. Comme l’explique Salomé Ruel, professeure en logistique à Excelia Business School interrogé par TF1 : « Il y a environ deux semaines de décalage entre une chute du prix du baril et une répercussion à la pompe ». Ce décalage logistique s’explique par les temps incompressibles de raffinage, de stockage et de distribution. À cela s’ajoute un autre obstacle de taille : la fiscalité française, qui représente 60 % du prix du carburant.
Résultat : quand le Brent chute de 82 à 71 dollars le baril entre janvier et mars 2025, le consommateur ne récupère qu’une baisse de 5 % sur son ticket de caisse.
La baisse mondiale des prix du pétrole entraîne avec elle les prix ces carburants
L’élément déclencheur ? Le cours du Brent, qui s’est effondré à 70 dollars contre 120 dollars au printemps 2022. Cette glissade est la conséquence directe d’une production excédentaire, encouragée par l’OPEP+ qui injecte 100 000 barils supplémentaires par jour. Mais cette abondance ne serait rien sans l’autre variable déterminante : la faiblesse de la demande mondiale. Comme le souligne Robert Yawger, analyste chez Mizuho USA cité par Le Figaro : « Le sentiment général du marché est celui d’une destruction de la demande en raison de la politique économique de Donald Trump ».
Ajoutez à cela une accalmie géopolitique relative, avec une trêve russo-américaine partielle freinant les attaques contre les infrastructures énergétiques en Ukraine, et une revalorisation de l’euro qui s’échange à 1,09 dollar contre 1,02 en janvier 2025, et vous obtenez un baril bon marché pour l’Europe. Mais ces équilibres sont précaires. Le moindre repli diplomatique, la moindre hausse tarifaire américaine, et la mécanique s’inverse.
Carburant : attention à la hausse des taxes
Alors que les prix du carburant semblaient en chute libre, une menace intérieure pourrait changer la donne : le gouvernement français envisage de supprimer l’avantage fiscal sur les carburants contenant du bioéthanol, type E10 et E85. La Collective du bioéthanol dénonce une « hérésie », estimant que cette mesure va « alourdir la facture des ménages » et « encourager la consommation de pétrole ». Un revirement stratégique qui pourrait pénaliser les automobilistes les plus économes et saper les efforts de transition énergétique. Si cette réforme aboutit, le prix des carburants dits verts pourrait flamber, rendant la baisse actuelle purement temporaire pour des millions d’usagers.
Les ménages font enfin des économies à la pompe
Cette baisse du carburant soulage directement les portefeuilles. D’après les calculs de Franceinfo, elle permet une économie annuelle de 61 euros pour les conducteurs de véhicules essence et 78 euros pour ceux roulant au diesel.
Les premiers bénéficiaires ? Les professionnels de la route, comme Stéphane Sercer, entrepreneur dans le bâtiment, qui peut désormais accepter des chantiers plus éloignés : « Je fais le plein trois fois par semaine, et ça commence à faire une belle différence ». Cette baisse entraîne donc une reconquête de la mobilité, un gain de compétitivité pour certains secteurs, et une amélioration perceptible du pouvoir d’achat, même modeste.