Audiovisuel public : forte mobilisation contre la réforme de Rachida Dati

Sur France Culture, ce matin, plus un mot. Juste de la musique. Et dans les couloirs de Radio France, un silence électrique. Deux jours de grève, et derrière, un mot d’ordre : défendre l’audiovisuel public, avant qu’il ne bascule.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
Par Grégoire Hernandez Publié le 31 mars 2025 à 12h48
audiovisuel-public-reforme-rachida-dati
Audiovisuel public : forte mobilisation contre la réforme de Rachida Dati - © Economie Matin

Ce lundi, quelque chose cloche derrière les micros et les écrans. Sur les ondes et dans les studios, l’ambiance n’est pas à l’antenne. Les drapeaux sont levés, les signaux coupés, et les voix s’élèvent contre une restructuration qui inquiète jusqu’au cœur même des rédactions.

Un front commun face au gouvernement

L’appel est massif. Ce lundi 31 mars et mardi 1ᵉʳ avril 2025, la grève paralyse une large partie de l’audiovisuel public : France TélévisionsRadio Francel’Ina, et potentiellement France Médias Monde. Tous protestent contre le projet gouvernemental porté par Rachida Dati, la ministre de la Culture, qui veut créer une holding nommée France Médias pour regrouper ces entités.
Les syndicats s’opposent à une centralisation perçue comme un démantèlement masqué. À France Télévisions, CGT, CFDT, FO, SNJ et SUD s’alarment : « Ce projet de réforme de la gouvernance de l’audiovisuel public et les baisses budgétaires associées auront de graves conséquences s’il est adopté ». À Radio France, les mêmes structures syndicales, rejointes par l’Unsa, dénoncent la mise « sous tutelle » de leur entreprise. Le mot est fort, et l’inquiétude palpable.

Le cœur du conflit, c’est la création de cette super-structure : France Médias. Une idée qui n’est pas neuve, relancée par le sénateur Laurent Lafon (Union centriste) à travers une proposition de loi examinée ce mardi 1ᵉʳ avril en commission à l’Assemblée nationale. Officiellement, l’objectif est d’adapter l’audiovisuel public à un « contexte très concurrentiel avec des groupes privés très structurés », comme l’a déclaré Rachida Dati dans Le Parisien le 30 mars 2025.
Mais derrière ce discours de modernisation, beaucoup voient une reprise en main politique et une fragilisation budgétaire. Si la ministre de la Culture affirme qu’il n’y aura « aucune mainmise de l’État », ni « fusion » des structures, les syndicats n’y croient pas. Le souvenir d’un projet avorté en 2024, une fusion des sociétés, dans une sorte de BBC à la française, interrompu par la dissolution de l’Assemblée au mois de juin, reste dans les esprits.

Audiovisuel public : l’indépendance éditoriale en ligne de mire

La crainte va au-delà de la réorganisation. Ce que redoutent les salariés, c’est une perte d’indépendance éditoriale. Dans un communiqué daté du 28 mars, la CGT s’inquiète de voir cette réforme intervenir « à l’heure où les faux contenus se multiplient sur Internet et où les tentatives d’ingérence étrangère se font toujours plus menaçantes ». La députée écologiste Sophie Taillé-Polian alerte sur un « impact mortifère dans le contexte international actuel » en cas de « perte d’indépendance et de financements pour l’audiovisuel public ».
Le climat est tendu, mais la mobilisation s’organise dans un esprit revendicatif assumé. Ce lundi à 19 heures, la Bourse du travail de Paris accueillera une « soirée festive » organisée par la CGT, en soutien à cette lutte. Parmi les intervenants annoncés : Julia Cagé, économiste des médias, et plusieurs élus de gauche.

Le gouvernement joue une partition délicate. Officiellement, le texte doit être discuté dans l’hémicycle le 10 avril 2025. Mais un décalage n’est pas exclu, signe d’un consensus encore lointain. L’exclusion potentielle de France Médias Monde de la future holding, révélée dans une évaluation gouvernementale, trahit une volonté d’ajustement face aux critiques.
Mais ces compromis suffiront-ils ? Pour les grévistes, l’essentiel reste inchangé : un projet imposé, aux contours flous, et porteur de risques pour la diversité médiatique. Le conflit pourrait bien durer, tant les enjeux dépassent l’organigramme pour toucher au rôle même de l’information dans la démocratie.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg

Étudiant en école de journalisme. Journaliste chez Économie Matin depuis septembre 2023.

Aucun commentaire à «Audiovisuel public : forte mobilisation contre la réforme de Rachida Dati»

Laisser un commentaire

* Champs requis