L’AFD utilise-t-elle bien l’argent public ?

L’Agence française de développement (AFD) est accusée par l’eurodéputé Sarah Knafo de dilapider l’argent public. Cette dernière juge les pratiques financières de l’agence opaques et inefficaces.

Ade Costume Droit
Par Adélaïde Motte Publié le 27 février 2025 à 15h00
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L’AFD utilise-t-elle bien l’argent public ? - © Economie Matin

Financement de l'AFD : entre emprunts et fonds publics

L'AFD finance ses activités à 85 % par des emprunts sur les marchés de capitaux internationaux, notamment via des émissions obligataires. Parallèlement, elle reçoit une partie du budget de l'État français dédié à l'aide publique au développement. Une fraction de la taxe sur les transactions financières (TTF) lui est également allouée, renforçant ainsi ses ressources pour financer divers projets à travers le monde.

Utilisation des fonds : des projets controversés

Les fonds ainsi collectés sont destinés à financer des projets visant à améliorer les conditions de vie, soutenir la croissance économique et protéger l'environnement dans les pays en développement. Cependant, selon la loi de 2021 de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, trois projets financés sur quatre doivent cependant avoir pour objectif l'égalité femme-homme.

Cette loi engage l'AFD à privilégier des projets dont le lien avec le développement de pays émergents est parfois difficile à trouver. Sarah Knafo remet en question l'efficacité et la pertinence de certains de ces projets. Elle pointe des initiatives qu'elle considère comme extravagantes ou inappropriées. Cette situation soulève des interrogations quant à la cohérence de la politique d'aide au développement française et à l'utilisation judicieuse des fonds publics.

L'AFD, une agence lourdement endettée

L'Agence française de développement emprunte chaque année plusieurs milliards d'euros sur les marchés financiers. Elle les donne ensuite à des projets destinés à développer des pays émergents. Parfois, dans environ 35 % des cas, elle le prête. Elle le fait alors à des taux très bas, à 0,25 %, inférieurs donc à ceux du marché. Elle perd donc de l'argent puisqu'elle devra rembourser aux marchés financiers des crédits qu'elle n'aura pas récupérés en étant elle-même remboursée. De plus, l'AFD efface souvent ses ardoises, et se trouve alors face à un manque à gagner important. Tout cela conduit l'agence à faire face à une dette de 60 milliards d'euros, dont 10 milliards contractés uniquement depuis 2022.

L'AFD, des coûts internes importants

En plus des divers projets qu'elle finance, l'AFD a des coûts internes, notamment le traitement de son directeur. Rémy Rioux, directeur général, est ainsi rémunéré 17 500 euros chaque mois, sans compter les primes, qui peuvent atteindre 52 500 euros sur un an.

L'AFD se construit également des locaux de 50 000 m² dans le quartier de la gare d'Austerlitz, pour un coût d'un milliard d'euros. Les travaux prévoient également de construire 8 000 m² supplémentaires, sans que l'on précise à quoi ils serviront. Un choix qui reste discutable car, en l'occurrence, l'agence fait construire ces bureaux aux frais du contribuable.

Concernant les frais de personnels, en 2023, l'AFD rémunérait 2 800 personnes pour 403 millions d'euros de frais de personnel. Cela correspond à près de 145 000 euros par personne, et 12 000 euros par mois. Le salaire du directeur général ne semble plus si mirobolant. Sarah Knafo, qui présente l'organigramme de l'agence sur X, dénonce un "nombre d’adjoints et responsables de départements hallucinant".

L'AFD, une agence à questionner

Alors que l'Etat français fait face à une dette de 3 300 milliards d'euros, et un déficit de 150 milliards d'euros, les dépenses de l'AFD posent question. Pourquoi le contribuable doit-il continuer à financer cette dette et, dans une moindre mesure, les crédits qu'elle alloue, alors que ses services publics sont de moins en moins compétents ?

De récents sondages montrent également que les Français souhaiteraient que l'Etat recentre ses dépenses sur les postes régaliens, à savoir la police, la justice et l'armée. Or, les fonds de l'Agence française de développement, et l'aide publique au développement dans son ensemble, ne correspondent que de loin à ces postes.

Les appels à supprimer l'Agence française de développement se multiplie. Certaines personnalités estiment que cela permettrait d'économiser les frais de gestion et de personnels, sans parler des crédits alloués à l'aide publique au développement gérés par l'AFD.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

1 commentaire on «L’AFD utilise-t-elle bien l’argent public ?»

  • Grosjean Bruno

    Très bon article qui montre que l’AFD est peut-être à supprimer ou tout au moins à revoir immédiatement dans les objectifs et montants assignés. La remarque d’ Adélaïde Motte sur le salaire du DG m’a heureusement déridé en le qualifiant de non mirobolant … si elle  » s’amuse  » à diviser la masse salariale de l’AFD par le nombre de salariés elle trouvera 144000 € soit 12000 € mensuels de coûts par tête ( comprenant donc les charges sociales) ce qui laisse néanmoins un net substantiel pour chacune des 2800 personnes de l’AFD de près de 7000 € nets mensuels ce qui me réjouit pour le personnel mais me semble néanmoins incroyable ! et je me pose cette question : existe-t-il en France ou même dans le monde une entreprise de la taille de l’AFD rémunérant mieux que l’AFD … Si elle existe merci de me le dire que je puisse en profiter ainsi que mes enfants, mes amis ….
    Je remercie Sarah Knafo d’ avoir soulevé ce qui me semble honteux et scandaleux !
    Mais qui pour questionner et revoir l’AFD ?

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