Vidéo générée par IA : Runway présente Gen-4, son modèle le plus convaincant

Le futur du cinéma sera-t-il signé par une intelligence artificielle ? Runway, une startup encore méconnue hier, pose aujourd’hui la question avec son nouveau modèle appelé Gen-4.

Stephanie Haerts
Par Stéphanie Haerts Publié le 1 avril 2025 à 16h00
Vidéo générée par IA : Runway présente Gen-4, son modèle le plus convaincant
Vidéo générée par IA : Runway présente Gen-4, son modèle le plus convaincant - © Economie Matin

Gen-4, un modèle de génération de vidéo performant

La société Runway a dévoilé, le 31 mars, Gen-4, une IA de génération vidéo qui ne se contente pas de produire des images animées, mais de les orchestrer avec cohérence. Elle aligne personnages, objets et décors d’une scène à l’autre avec une rigueur que bien des productions humaines peineraient à imiter. Ce que promet Gen-4 ? Rien de moins que la continuité narrative visuelle.

« Gen-4 peut utiliser des références visuelles, combinées à des instructions, pour créer de nouvelles images et vidéos dans des styles, sujets et lieux cohérents, et ce, sans ajustement supplémentaire ni entraînement additionnel », affirme l’entreprise dans son communiqué officiel publié sur son site Introducing Runway Gen-4, RunwayML. Fini les visages qui changent d’un plan à l’autre, les objets qui disparaissent mystérieusement ou les lumières incohérentes. Gen-4 conserve la logique interne des mondes qu’elle invente. Et ce n’est pas tout. Chaque élément peut être reconstitué depuis différents angles, avec une fidélité qui inquiète autant qu’elle étonne.

Vidéo générée par IA : Runway affûte son arme contre OpenAI et Google

Dans la guerre froide de l’intelligence artificielle appliquée à l’image, Runway joue les francs-tireurs. Soutenue par Salesforce, Google et Nvidia, l’entreprise ne cache plus ses ambitions, celle de conquérir le marché du contenu généré par IA, un champ de bataille où s’activent déjà les géants de la tech. Mais à la différence de ses concurrents, Runway n’a pas sorti un simple outil vidéo. Son Gen-4 revendique une compréhension du monde physique, une capacité à simuler mouvements et interactions avec un réalisme cinématographique.

L’IA n’obéit plus seulement à des mots-clés, elle « comprend » les scènes. « Gen-4 représente une étape importante dans la capacité des modèles visuels génératifs à simuler la physique du monde réel », lit-on encore sur leur blog officiel Introducing Runway Gen-4, RunwayML. L’outil ne s’adresse pas qu’aux amateurs de mèmes ou de clips TikTok. Il est déjà utilisé pour produire des courts-métrages, des publicités et même du contenu de type blockbuster. L’intégration fluide aux vidéos live, animations ou effets spéciaux (VFX) en fait un candidat crédible à l’industrialisation du montage.

Personnages, angles, objets, la promesse d’un monde sans coupure

Ce qui distingue Gen-4 n’est pas uniquement sa qualité d’image ou son adhésion aux instructions. C’est sa capacité à générer des personnages constants, à partir d’une seule image de référence, et à les maintenir à travers tous les changements de lumière, d’arrière-plan ou de perspective. Une scène ? Il suffit d’une image et d’un texte descriptif. Runway fait le reste. La cohérence spatiale et stylistique devient une donnée maîtrisée.

Besoin d’un travelling ? D’un changement de point de vue ? D’un flashback reconstitué ? Gen-4 obéit, avec une précision jusque-là réservée aux équipes de post-production. Selon un article publié par TechCrunch, « Gen-4 peut générer des vidéos dynamiques avec un mouvement réaliste, tout en assurant la cohérence des sujets, objets et styles ». L’impact se mesure déjà. Runway a signé un accord avec un studio hollywoodien de premier plan et a investi plusieurs millions d’euros pour financer une centaine de films créés grâce à son intelligence artificielle vidéo.

L’IA face au droit d’auteur

Mais cette prouesse technologique n’échappe pas aux débats. Runway refuse toujours de révéler les sources d’entraînement de Gen-4, un silence qui agace dans un contexte de litiges croissants. L’entreprise est visée par une plainte déposée par des artistes qui l’accusent d’avoir utilisé des œuvres protégées par le droit d’auteur sans autorisation. Runway se défend en invoquant la notion de « fair use », très contestée dans ce domaine. Mais l’issue de ce procès pourrait bien redéfinir l’ensemble des règles du jeu pour les modèles génératifs visuels.

L’enjeu dépasse la simple innovation technologique. D’après une étude commandée par le syndicat Animation Guild (Future Unscripted, janvier 2024), 75 % des studios ayant adopté l’IA ont réduit ou supprimé des emplois. L’analyse anticipe la disparition de plus de 100 000 postes dans le secteur audiovisuel américain d’ici 2026. Runway, de son côté, vise les 300 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel dès cette année selon le site The Information. L’entreprise négocie actuellement une levée de fonds qui pourrait la valoriser près de 4 milliards de dollars, soit environ 3,72 milliards d’euros.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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