C’est une déclaration qui fait froid dans le dos : le monde pourrait de connaître une nouvelle pandémie de sida.
Sida : l’ONU craint une pandémie à cause de Donald Trump

Le virus du sida, que l’on croyait sous contrôle et qui a fait des millions de morts à travers le monde, pourrait bien refaire surface. C'est du moins le message qu'a tenu la cheffe de l'Onusida, Winnie Byanyima, lors d'une conférence de presse à Genève. L'Organisation des Nations unies (ONU) tire la sonnette d'alarme et va jusqu'à pointer du doigt celui qui serait responsable si un tel scénario venait à se confirmer : Donald Trump.
L'Onusida tire la sonnette d'alarme
Winnie Byanyima n'y est pas allée par quatre chemins. Lors de sa conférence de presse, la chef de l’Onusida estime qu'il existe un réel risque d'une nouvelle pandémie mondiale de sida. En cause : le retrait brutal des financements américains à l'organisation, notamment celles issues de l'USAID (l'Agence des États-Unis pour le développement international, l'agence du gouvernement des États-Unis chargée du développement économique et de l'aide humanitaire dans le monde). « Les coupes budgétaires américaines font qu'aujourd'hui, 27 pays d'Afrique connaissent des pénuries de personnel et des perturbations dans les systèmes de diagnostic et de traitement, ainsi que l'effondrement des systèmes de surveillance », a-t-elle alerté.
Selon elle, sans rétablissement de cette aide vitale pour l'Onusida, le monde pourrait faire face à 6,3 millions de décès supplémentaires dans les quatre prochaines années, soit d'ici à 2029-2030. Cette estimation, selon Winnie Byanyima, menace de ramener la communauté internationale au pire des années 1990 et 2000 : « Nous verrons des gens mourir, comme nous l'avons vu dans les années 1990 et 2000... Nous allons assister à une véritable recrudescence de cette maladie », a-t-elle insisté.
Des coupes immédiates aux effets dévastateurs
Les déclarations de Winnie Byanyima visent directement la décision de Donald Trump de faire des coupes drastiques dans les aides américaines, l’Onusida, étant financée à hauteur de 50 % par les États-Unis, s’est retrouvée privée d’une partie essentielle de ses ressources. Même chose pour le programme PEPFAR (Plan d'urgence du Président des États-Unis pour la lutte contre le sida) – qui a été créé sous l’administration de George W. Bush pour lutter contre le sida – auquel contribuent à 70 % de son financement les États-Unis, et qui a lui aussi subi des coupes budgétaires importantes.
Fermeture de cliniques, licenciements massifs de personnels soignants, perturbation des réseaux de diagnostic et de surveillance du VIH, ainsi que ceux de la logistique... Pour Winnie Byanyima, si les États-Unis avaient annoncé vouloir réduire progressivement leur aide, la soudaineté de ce retrait a provoqué une catastrophe sanitaire immédiate : « Il est raisonnable que les États-Unis souhaitent réduire leur financement avec le temps, mais ce retrait brutal a un impact dévastateur », a-t-elle ainsi déploré. La directrice de l’Onusida a, de fait, directement interpellé Donald Trump, l’exhortant à revenir sur cette décision, tout en l'invitant à « faire un deal » en faveur de la prévention du sida, soulignant que les programmes coûtent bien moins que les pertes humaines et économiques qu’entraînerait une nouvelle pandémie.
Une menace directe pour l'Europe et la France en raison des flux migratoires
Si les conséquences immédiates des coupes dans les aides américaines touchent principalement et directement les pays africains, Winnie Byanyima avertit d'un effet papillon, dû aux flux migratoires, qui pourrait s'étendre à travers le monde, plus particulièrement en Europe, les pays du Vieux Continent figurant parmi les destinations privilégiées d'une large partie des pays africains francophones et anglophones, en particulier la France.
L'Onusida lance un avertissement de plus en plus préoccupant pour les pays les plus dépendants de l’aide américaine et internationale, et donc les plus menacés par un risque de recrudescence du virus du sida : la Tanzanie (financée à 94 % par des fonds étrangers), l’Ouganda (à 90 %) ou encore le Kenya (à 63 %).
Un appel pressant à la communauté internationale
Des solutions existent, insiste Winnie Byanyima. La directrice de l'Onusida a en effet tenu à rappeler l'existence d'un nouveau traitement prometteur développé par l’entreprise américaine Gilead, basé sur la molécule lenacapavir. Présenté comme une avancée majeure dans la prévention du sida, ce traitement nécessite cependant des financements pour être déployé efficacement.
Face à ce constat inquiétant, la directrice de l'Onusida appelle les gouvernements à prendre le relais et à agir rapidement. « Nous demandons instamment un réexamen et un rétablissement urgent des services, des services qui sauvent des vies », a-t-elle insisté. Pour l'heure, aucun pays ne s'est engagé à compenser l'absence des États-Unis, laissant craindre que la situation ne s'aggrave dans les mois à venir.