Dans le paysage géopolitique actuel, la relation entre les États-Unis et la Chine joue un rôle déterminant dans l’élaboration des stratégies d’investissement. Nous suivons de près l’évolution de cette situation et ses implications pour les marchés.
Relations sino-américaines et stratégies d’investissement : gérer les droits de douane et les risques géopolitiques

La position « hawkish » bipartisane des États-Unis à l'égard de la Chine est particulièrement importante.
Républicains comme Démocrates considèrent la Chine comme un concurrent stratégique. Ce consensus rend les relations plus complexes, car les deux parties sont susceptibles d'adopter une position plus affirmée dans les négociations. Donald Trump peut s'attendre à ce que les législateurs le soutiennent lorsqu'il s'agit de mesures nécessitant l'approbation du Congrès. Toutefois, il est important de noter qu'en dépit des tensions, il existe un intérêt mutuel à trouver une voie à suivre. Les impacts économiques des tarifs douaniers et des sanctions sont significatifs pour les deux parties, et les négociations menées au cours du premier mandat de M. Trump ont montré qu'il est possible d'obtenir des résultats positifs lorsque les deux pays sont motivés par des avantages mutuels. C'était, bien sûr, avant que le COVID-19 ne tende davantage les relations. Cette fois-ci, les choses pourraient se compliquer, mais certains signes montrent que les deux parties restent ouvertes au dialogue.
Du point de vue de l'investissement, les tensions géopolitiques actuelles présentent à la fois des risques et des opportunités. Du côté positif, les récentes mesures fiscales en Chine, plus importantes et plus ciblées, reflètent l'approche proactive du gouvernement pour atténuer les risques économiques posés par les droits de douane et les sanctions américaines. Cette réponse n'est pas seulement une mesure défensive, mais soutient un changement stratégique visant à soutenir la consommation intérieure. En revanche, l'économie chinoise reste confrontée à des défis tels que le ralentissement du marché immobilier et le chômage des jeunes. Le gouvernement a réagi en mettant en œuvre des mesures telles que des filets de sécurité sociale et des réformes des retraites pour soutenir la consommation intérieure. Ces politiques visent à réduire la dépendance de l'économie à l'égard des investissements et des exportations, une transition cruciale pour la stabilité à long terme. Toutefois, l'environnement géopolitique rend ce changement plus difficile et les investisseurs doivent se préparer à une volatilité à court terme.
Pour surmonter ces complexités, les investisseurs doivent envisager d’adopter des stratégies d'investissement plus ciblées et plus souples. L'une des approches consiste à fragmenter les portefeuilles, en privilégiant des allocations par pays au sein des marchés émergents ou des stratégies excluant la Chine (ex-China). Cela permet de gérer efficacement ces risques idiosyncrasiques tout en continuant à bénéficier du potentiel de croissance à long terme de la Chine par le biais d'allocations autonomes. Se concentrer sur des entreprises moins exposées aux tensions commerciales internationales et plus en phase avec la reprise locale peut offrir un horizon d'investissement plus stable. Une stratégie ex-Chine couvrant l'Asie ou les marchés émergents - complétée par une exposition ciblée à la Chine - offre en particulier la flexibilité nécessaire pour s'adapter aux changements de politique et aux risques géopolitiques, garantissant ainsi la résilience des portefeuilles dans un environnement dynamique.
Un autre regard sur l’Inde
En ce qui concerne l'Inde, le ralentissement de l'économie locale a récemment été un sujet de préoccupation pour les investisseurs, avec une croissance du crédit plus faible et un problème de chômage sous-estimé accentuant les défis. Toutefois, ce ralentissement apparaît plus cyclique que structurel et une reprise de la croissance des bénéfices est attendue d'ici 2025. La prévision d'une croissance des bénéfices de l'ordre de 13 à 15 % représente une amélioration par rapport à la croissance à un chiffre observée l'année dernière. Si l'inflation et la politique monétaire restrictive qui en découle restent des défis à relever, certains facteurs externes positifs pourraient soutenir l'économie.
Derrière les mots à la mode du récent budget se cachent quelques développements notables. Tout d’abord, l'accent est mis sur l'agriculture. Ce n'est pas une surprise, car plus de 50 % de la main-d'œuvre indienne dépend directement de ce secteur pour sa subsistance. Cela reflète également le fait que Modi a été contraint de former une coalition après les élections de l'année dernière. Ses partenaires de l'alliance NDA, en particulier le parti Telugu esam (TDP), accordent une importance particulière au développement rural, bien plus que Modi ne l'avait fait au cours de ses deux premiers mandats. Néanmoins, après l’annonce du budget, les marchés peuvent être rassurés par le fait qu'il semble y avoir une continuité dans les projets d'infrastructure à grande échelle, ainsi que dans l'augmentation des capacités industrielles.
Le budget propose également la plus grande réforme fiscale en Inde depuis une décennie. Le seuil d’imposition sera notamment relevé de 700 000 roupies à 1,2 million de roupies. La tranche d'imposition la plus élevée, imposée à 30 %, passe de 1,5 million de roupies à 2,4 millions. Cela représente des économies d'impôt de l'ordre de 2 à 7 % pour les contribuables concernés. Il est vrai que sur les 650 millions d’actifs que compte l'Inde, seuls 20 % environ - soit 120 millions - sont salariés. Et parmi eux, seuls quelques-uns ont des salaires suffisamment élevés pour bénéficier de la réforme de manière substantielle. La Banque mondiale, par exemple, considère les pays dont le RNB par habitant se situe entre 1 086 et 13 205 USD comme des pays à revenu intermédiaire. Le nouveau seuil de l'impôt sur le revenu indien, fixé à 1,2 million de roupies, correspond à un peu moins de 14 000 USD (au taux de change actuel d'environ 87 roupies pour 1 dollar), alors que son RNB ajusté en parité de pouvoir d’achat (PPA) s'élève à environ 10 000 USD. Le salaire moyen à Mumbai est d'environ 600 000 roupies, soit un peu moins de 7 000 USD, ce qui est encore inférieur à l'ancien seuil de l'impôt sur le revenu. Ces baisses d’impôts bénéficient donc principalement aux catégories les plus aisées. Néanmoins, même si les définitions de la « classe moyenne » varient, les changements sont profonds. Au total, quelque 10 millions de personnes supplémentaires devraient être exemptées de tout impôt sur le revenu après l'entrée en vigueur de la réforme. Plus important encore, étant donné que des millions, voire des dizaines de millions d'Indiens vont passer dans la catégorie de la classe moyenne au cours des prochaines années, l’impact cumulé de ces allègements fiscaux sera significatif.
Cela pose la question de savoir comment le gouvernement entend réduire le déficit, qui s'élevait à 4,8 % du PIB en 2024 et devrait atteindre 4,4 % en 2025. Avec le retour d’une ère de tarifs douaniers sous Trump, cette question devient plus pressante. Le Premier ministre Modi tient à éviter une guerre commerciale et tente d’anticiper les évolutions à venir. Il doit d’ailleurs rencontrer Trump la semaine prochaine.
En ce qui concerne l'économie en général, la banque centrale indienne RBI devra faire le gros dos pour stimuler la croissance à court terme et réduire ses taux même si l'inflation reste pour l'instant supérieure à 5 %. De meilleurs rendements agricoles attendus, combinés à une baisse potentielle des prix des matières premières après le cessez-le-feu au Moyen-Orient, pourraient plaider en faveur d'une position plus « dovish ». Les marchés semblent suivre cette logique, la roupie s'étant dépréciée de 1,8 % depuis le début de l'année et de près de 5 % sur un an. Les valorisations boursières sont désormais proches de leurs moyennes à long terme. Malgré la volatilité à court terme, avec un ratio cours/bénéfice prévisionnels de 22x, les investisseurs considèrent que le marché indien est mieux valorisé aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été depuis les élections générales de l'année dernière.
En conclusion, les relations entre les États-Unis et la Chine restent un facteur essentiel dans l'élaboration des stratégies d'investissement. Il existe un intérêt mutuel à trouver un moyen de négocier et de coopérer. Les investisseurs doivent se préparer à une volatilité à court terme, mais nous restons constructifs quant aux perspectives à long terme de la Chine. L'accent mis par le gouvernement sur la consommation peut prendre un certain temps avant de porter ses fruits, mais il s'agit d'un élément clé de la reprise de l'économie.
En adoptant des stratégies ciblées et flexibles, par exemple l'utilisation de stratégies Asie ou marchés émergents hors Chine, combinées à des allocations par pays, les investisseurs peuvent gérer les risques de manière efficace. En attendant, la reprise attendue des bénéfices en Inde et une réforme fiscale audacieuse, associées à des facteurs structurels et externes positifs soutenant l'économie, sont de bon augure pour les opportunités d'investissement sur les marchés boursiers indiens.