Nucléaire : les EPR2 ne seront pas encore là en 2035

L’Élysée vient d’annoncer un décalage de trois ans pour la mise en service du premier réacteur nucléaire EPR2.

Jade Blachier
Par Jade Blachier Publié le 18 mars 2025 à 11h34
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79,9 milliards d'eurosAujourd’hui, le gouvernement évoque un coût réévalué à 79,9 milliards d'euros.

Lundi 17 mars 2025, à l’issue d’un Conseil de politique nucléaire présidé par Emmanuel Macron, l’Élysée a confirmé le report de la mise en service du premier réacteur EPR2. Initialement prévu pour 2035, ce dernier ne sera finalement pas opérationnel avant 2038.

Un retard assumé par l’Élysée : 2038 au lieu de 2035

En 2022, un audit avait déjà suggéré une mise en service probable en 2037. Ce lundi, l’exécutif a définitivement renoncé à l’échéance de 2035. Le programme EPR2 conserve néanmoins son ambition initiale : six nouveaux réacteurs doivent être construits, avec une implantation sur trois sites stratégiques : Penly en Seine-Maritime, Gravelines dans le Nord et Bugey dans l’Ain.

En 2022, la crise liée à la guerre en Ukraine et les tensions sur le marché de l’électricité avaient fait craindre des pénuries. Aujourd’hui, la situation s’est stabilisée et la production est revenue aux niveaux d’avant crise. L’exécutif justifie donc ce délai en avançant l’idée qu’il vaut mieux prendre le temps de sécuriser le projet, plutôt que de risquer de précipiter les travaux avec des conséquences financières désastreuses.

Un programme nucléaire plombé par des coûts exponentiels

Si l’Élysée recule la mise en service du premier EPR2, c’est aussi parce que les coûts du projet explosent. En 2022, la facture était estimée à 51,7 milliards d’euros. Un an plus tard, l’évaluation montait déjà à 67,4 milliards. Aujourd’hui, le gouvernement évoque un coût réévalué à 79,9 milliards, et certaines estimations anticipent un dépassement qui pourrait atteindre 100 milliards d’euros en tenant compte de l’inflation.

Les causes de cette envolée budgétaire sont multiples. L’augmentation des prix des matières premières, notamment du béton et de l’acier, pèse lourdement sur les coûts de construction. Par ailleurs, le nucléaire étant un secteur hautement spécialisé, la main-d’œuvre qualifiée se fait rare, ce qui renchérit encore davantage les dépenses. À cela s’ajoutent des normes de sécurité de plus en plus strictes imposées par l’Autorité de sûreté nucléaire, qui nécessitent des adaptations techniques constantes. Enfin, l’expérience du chantier de Flamanville, marqué par des retards et des surcoûts abyssaux, pousse EDF et le gouvernement à redoubler de prudence pour éviter un scénario similaire.

Un financement bancal, inspiré du modèle tchèque

Face à cette inflation galopante, le gouvernement s’efforce de trouver un modèle économique viable pour financer le programme. L’Élysée a précisé que l’État interviendra directement via un prêt bonifié couvrant au moins la moitié des coûts de construction. Ce mécanisme s’inspire du modèle de la centrale tchèque de Dukovany, dont le financement repose sur un prêt d’État à taux zéro, validé par la Commission européenne.

Le gouvernement prévoit également un contrat garantissant un prix du mégawattheure plafonné à 100 euros. Ce dispositif vise à protéger EDF des fluctuations du marché. Si l’entreprise vend son électricité au-delà de ce seuil, elle devra reverser une partie de ses bénéfices à l’État. À l’inverse, si le prix du mégawattheure baisse, c’est l’État qui compensera la différence pour assurer la rentabilité du projet.

En théorie, ce schéma permet de limiter les risques pour EDF. Mais il repose sur un pari audacieux : celui d’un prix de l’électricité stable sur le long terme. Or, le marché de l’énergie est aujourd’hui plus imprévisible que jamais. Certains experts alertent déjà sur le fait que ce modèle pourrait aboutir à un déficit public supplémentaire en cas de baisse prolongée des prix de l’électricité.

Des opposants qui crient au scandale

Cette nouvelle annonce a immédiatement suscité des critiques. Greenpeace a dénoncé "une fuite en avant insensée", affirmant que ce projet représente un risque économique, industriel et environnemental considérable. L’ONG accuse l’exécutif d’investir des sommes colossales dans une technologie dont la viabilité à long terme reste incertaine.

La question de l’approvisionnement en uranium devient un enjeu stratégique majeur. L’Élysée veut sécuriser cette ressource essentielle et a validé un plan de soutien à Orano, ex-Areva, pour renforcer l’extraction et la transformation de l’uranium en France. Dans le même temps, des discussions ont été lancées avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour relancer la recherche sur le recyclage du combustible usé, afin de réduire la dépendance aux importations.

Un avenir incertain pour l’énergie nucléaire en France

Si le gouvernement affirme que 2038 sera bien l’année de mise en service du premier réacteur EPR2, rien ne garantit que ce délai sera tenu. À mesure que les coûts augmentent et que les incertitudes techniques s’accumulent, il devient de plus en plus probable que ce chantier s’étire encore au-delà des prévisions officielles. Le gouvernement affiche sa confiance et assure que les réacteurs seront livrés dans les temps. Mais l’histoire récente du nucléaire français incite à la prudence.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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