Système de santé et interopérabilité : vers une norme « un patient, un dossier »

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Dans la santé, les attaques DDoS ont augmenté de 53% en 2021.

Aujourd’hui, les systèmes de santé ont pris la vague de la transformation numérique. Si le Dossier Médical Partagé (DMP) n’a pas séduit beaucoup de Français, le gouvernement vient de lancer un véritable coffre-fort numérique : « Mon espace santé ». L'importance de l'interopérabilité dans les soins de santé est donc une évidence qui ne fait que gagner de l’ampleur. La France s’apprête à franchir un nouveau jalon majeur en termes d’implication dans la définition de la politique européenne relative au partage de données de santé à des fins de recherche.

Le Health Data Hub, en tant que noeud national de données, répond à l’appel à candidature de la Commission européenne publié le 25 octobre 2021 visant à mettre en place une version test d’Espace Européen des Données de Santé (EHDS) réunissant une dizaine d’acteurs majeurs du domaine en Europe. Quels obstacles se dressent encore et quand sera-t-il possible que la norme « un patient, un dossier » soit enfin effective ?

Centraliser les données

Selon l’enquête de l’organisme ONC sur le sujet de l’Health Interoperability Outcomes 2030, les fournisseurs s'accordent à dire que l'interopérabilité est une priorité absolue. L’objectif serait d'intégrer les données des patients provenant de l'intérieur et de l'extérieur du système de santé, mais aussi de combiner les données cliniques et administratives pour mieux soigner les patients et gérer efficacement les formalités associées.

Parmi les obstacles à cette transformation numérique, se pose la question de l’accès aux données confidentielles des patients. En effet, sans accès, la capacité des médecins à prendre des décisions éclairées pour améliorer le parcours santé est limitée. Dans l'enquête 2022 sur l'état des soins connectés menée par HIMSS Market Insights, 60 % des personnes interrogées ont justement signalé un manque d'accès aux documents, images et aux dossiers des patients.

Une plus grande quantité d’information peut cependant engendrer des difficultés pour les comprendre, trier, normaliser, classer et surtout analyser en toute sécurité afin qu’elles puissent être réellement utiles à la prise de décisions médicales. Toujours dans le cadre de cette enquête, les répondants ont également cité des obstacles aux soins connectés, notamment l'intégration de données cloisonnées dans plusieurs dossiers de santé électroniques considérés comme le stockage central des données patients (DSE ou EHR). Dans ce contexte, la gestion de contenus non structurés complique le travail des médecins. Les informations sont fragmentées entre les spécialistes dans différents systèmes et donc inaccessibles à partir d'un système central.

En tant que stockage central des informations sur les patients, les dossiers médicaux électroniques (DME, une version numérisée du dossier médical) ou les dossiers de santé électroniques (DSE, les informations numériques sur la santé d’une personne) ne gèrent pas toujours correctement les informations non structurées telles que les images médicales et les notes des spécialistes. Par exemple, la technologie d'imagerie PACS, un logiciel qui ne prend généralement en charge que les services de radiologie ou de cardiologie, oblige les cliniciens à utiliser des postes de travail propriétaires. En outre, pour partager l'imagerie avec les praticiens hospitaliers, notamment, il requiert plusieurs interventions humaines ce qui entraîne un délai de consultation plus long ayant un impact sur la collaboration entre les membres du corps médical. Un exemple classique est le « flux de travail sur CD », où la radiologie grave les études d'imagerie sur des CD pour les transmettre à un autre service.

Une volonté claire de développer les soins connectés

L'imagerie, les rapports et les résultats de tests effectués dans un établissement peuvent contribuer à éclairer les décisions prises dans un autre service, en dehors du système de santé d'origine du patient. Que le patient voyage dans un but médical ou qu’il lui arrive un accident lors d’un déplacement, la question de l’accès aux informations peut se poser, notamment s’il s’agit d’assurer le suivi d’un traitement, de l’évolution d’une pathologie ou d’échanger sur des diagnostics entre confrères dont les spécialités diffèrent.

La possibilité de partager les informations permet également d'éviter les dépenses superflues et les désagréments liés au fait qu'un patient doit refaire des examens d'imagerie ou des tests, simplement parce que ses informations ne peuvent pas être partagées avec une autre organisation ou un autre système de santé.

Un patient, un dossier : une réalité nécessaire dans le domaine des soins de santé

Les exemples d’organismes de santé cherchant à centraliser et à rationaliser l’accès aux données ne manquent pas ; que ce soit dans les fonctions cliniques ou administratives. La marge de progression reste toutefois conséquente et le parcours n’est pas toujours sans heurts. Le marché mondial des solutions d’interopérabilité des soins de santé a connu des investissements très importants et représentait déjà 2,9 milliards de dollars en 2021. Il devrait atteindre 5,7 milliards de dollars d'ici 2026, selon les prévisions de Markets and Markets pour le secteur.

Par ailleurs, l'enquête HIMSS Market Insights montre que les trois quarts des répondants prévoient d'investir dans une plateforme de soins connectés. Ils évaluent les technologies qui auront un impact significatif sur le ROI de leur utilisation, à l’instar de l'automatisation intelligente des processus, de l’utilisation du cloud et du développement de solutions de type « no code » ou « low code ».


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