Programmes retraites : zéro pointé pour tous les candidats

1401 EUROS
La pension moyenne des nouveaux retraités s'élevait à 1.401 euros
bruts par mois.

La période est propice à la publication de « projets retraites » par les candidats à la présidence de la République. Pour un économiste spécialiste de la protection sociale, et en particulier des systèmes de retraite, la lecture de ces projets est affligeante : aucun de leurs auteurs ne fait la preuve qu’il a compris le B. A. BA du fonctionnement des retraites dites par répartition.

L’économie des retraites et sa désastreuse ignorance

Le fonctionnement des retraites dites « par répartition » est très simple : les actifs payent des cotisations qui servent à verser des pensions aux retraités. Mais comment calculer la pension due à Mr ou Mme Tartempion ? En bonne logique, on devrait réaliser une estimation de ce que cette personne a fait pour préparer sa retraite, c’est-à-dire de ce qu’elle a investi dans la mise au monde, l’entretien et l’éducation des jeunes qui, devenus adultes dans le temps où elle atteint le « troisième âge », vont verser des « cotisations vieillesse » pour les retraités.

Malheureusement le législateur n’a rien compris, ou rien voulu comprendre, à ce mécanisme très simple dans son principe : investir dans la jeunesse puis, à partir d’un certain âge, récolter les fruits de cet investissement sous forme d’une rente viagère, la pension de retraite. Faisant preuve d’un aveuglement à peine croyable, nos présidents de la République, nos ministres et nos parlementaires ont décidé que les droits à pension ne seraient pas attribués au prorata de l’investissement réalisé dans la jeunesse, mais en fonction des versements effectués au profit des retraités. Autrement dit, ce qui sert réellement à préparer les futures pensions – la mise au monde des bébés et leur éducation, au sens le plus large du terme, jusqu’à ce qu’ils soient devenus des hommes et des femmes capables de travailler productivement – tout cela compte « pour du beurre », comme on dit familièrement.

Une vraie réforme des retraites est indispensable

La réforme à effectuer est complexe dans sa réalisation, mais simple dans son principe. Raisonnons dans le cadre d’un système « par points », technique bien connue en France puisqu’il y est utilisé par les « complémentaires », en notant qu’une partie de la réforme consistera évidemment à convertir en « points » les droits acquis dans le calamiteux « régime général » et quelques autres.

Les points représentant les droits à pension devront désormais être attribués en raison et au prorata de l’investissement réalisé dans la jeunesse. Qu’est-ce à dire ? Il s’agit de supprimer la législation abracadabrantesque qui attribue des trimestres, ou des points, parce que l’on a cotisé à la caisse vieillesse : ces versements acquittent la dette que les actifs ont envers ceux et celles qui les ont éduqués et entretenus durant leur jeunesse. Payer ce que l’on doit aux « anciens » n’est pas investir ! Les cotisations créatrices de droits à pension doivent évidemment être consacrées à l’investissement dans la jeunesse ; elles doivent notamment financer entièrement toute la formation initiale, ainsi que l’assurance maladie des mineurs et des étudiants. Obtenir un point parce que vous avez versé X euros de cotisations vieillesse, terminé ! En revanche, éduquer et entretenir un enfant, ou un adolescent, ou un étudiant, voilà qui devrait procurer des points pour la retraite. De même que verser des cotisations pour financer l’Education nationale et les filières d’apprentissage.

La France doit devenir une nation-Copernic

Si la France persévère dans l’erreur législative et réglementaire consistant à distribuer les droits à pension au prorata des contributions versées en vue d’être transmises aux retraités, elle manquera gravement à son devoir de pionnière dans le domaine des (vrais) droits de l’homme et du citoyen. Nous devons être la nation-Copernic qui dira enfin eppur si muove, la terre tourne autour du soleil, pas le soleil autour de la terre. Hélas, à ce jour, aucun des candidats à l’élection présidentielle française n’a intégré cette priorité. Qui donc donnera de la hauteur de vue à cette campagne électorale effroyablement terne et conservatrice ?


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Jacques Bichot

Jacques Bichot est économiste, mathématicien de formation, professeur émérite à l'université Lyon 3. Il a surtout travaillé à renouveler la théorie monétaire et l'économie de la sécurité sociale, conçue comme un producteur de services. Il est l'auteur de "La mort de l'Etat providence ; vive les assurances sociales" avec Arnaud Robinet, de "Le Labyrinthe ; compliquer pour régner" aux Belles Lettres, de "La retraite en liberté" au Cherche Midi et de "Cure de jouvence pour la Sécu" aux éditions L'Harmattan.