Pour lutter contre les fake news sur les vaccins, le ton compte autant que la vérité

80,3 %
80,3% des Français ont reçu au moins une première dose de vaccin de la
Covid-19.

Le manque de confiance envers les autorités sanitaires, ainsi que la crainte et l’incertitude face à la maladie, ont offert un terrain fertile à la prolifération de fausses rumeurs sur les vaccins contre la Covid-19. Pour contrer les rumeurs, adopter la bonne attitude peut être aussi important que les faits.

Les fausses affirmations relatives aux vaccins contre la Covid-19 ont eu des conséquences meurtrières puisqu’à cause d’elles, des personnes ont trouvé la mort pour avoir attendu trop longtemps pour se faire vacciner. Certaines refusent encore de le faire.

Plus de deux ans après le début de la pandémie, des fausses rumeurs continuent de circuler, avançant que les vaccins ne fonctionnent pas, qu’ils provoquent la maladie et la mort, qu’ils n’ont pas été testés correctement et même qu’ils contiennent des micropuces ou des métaux toxiques.

Aujourd’hui, une étude laisser espérer que l’on pourrait lutter contre ces contre-vérités en modifiant le ton des messages officiels publiés par les autorités de santé, et en renforçant la confiance de la population.

Dans de nombreux pays, avant la pandémie, la population exprimait déjà une baisse de confiance croissante envers l’État, les médias, le secteur pharmaceutique et les experts de la santé. Dans certains cas, ce sentiment s’est encore intensifié pendant les campagnes de vaccination contre la Covid.

Cette défiance était principalement due au fait que certaines campagnes nationales déclaraient que se faire vacciner empêcherait de tomber malade.

Croire l’entourage plutôt que les faits

« On a fait trop de promesses sans vraiment savoir ce qui allait se passer », explique le professeur Dimitra Dimitrakopoulou, chercheuse et bénéficiaire d’une bourse Marie Curie Global Fellowship au Massachusetts Institute of Technology et à l’Université de Zurich.

« Puis les gens sont tombés malades même après avoir été vaccinés. De là est né un manque de confiance à l’égard du gouvernement à l’origine de ces politiques et vis à vis de la communauté scientifique. »

Dans le cadre du projet FAKEOLOGY, le professeur Dimitrakopoulou a étudié la façon dont les vaccins contre la Covid étaient perçus et ce qui empêchait que les informations fiables soient acceptées.

Elle a ainsi découvert que lorsque les gens n’ont plus confiance dans les institutions, ils finissent par ne plus se fier qu’à eux-mêmes, à leurs amis proches et à leur famille.

« Ils suivent leur instinct, ils se fient à ce qui trouve un écho chez eux », ajoute le professeur Dimitrakopoulou. Ils font donc des recherches sur Internet, sur les médias sociaux et auprès d’autres sources jusqu’à trouver des informations qui renforcent leurs convictions.

« Nous avons vécu assez longtemps avec les fake news et la désinformation pour comprendre qu’on ne peut pas leur tordre le cou simplement avec des faits », indique-t-elle. « Les gens ne font que lever ces blocages émotionnels ».

À titre d’exemple, un article évoquant le cas d’une mère dont l’enfant est tombé malade après avoir été vacciné contre la Covid aura probablement plus d’impact qu’un message contenant des faits scientifiques.

Renforcer la confiance

Le professeur Dimitrakopoulou a réalisé une enquête auprès de 3 200 parents d’enfants de moins de 11 ans aux États-Unis et organisé des groupes cibles avec 54 d’entre eux pour discuter de leurs points de vue concernant la vaccination des enfants contre la Covid.

De nombreux parents étaient déroutés par les informations contradictoires qui circulaient sur les vaccins et se posaient de nombreuses questions sur leur efficacité.

Elle a demandé aux parents d’évaluer plusieurs messages. Ils n’ont pas apprécié les messages qui étaient en grande partie factuels, rigides et normatifs, qui est le ton adopté par de nombreuses campagnes sanitaires adressées au public.

Ils ont été davantage séduits par les messages qui abordaient avec empathie et compassion leurs inquiétudes à propos des vaccins, tout en reconnaissant qu’ils étaient face à une décision difficile.

« Nous devons être prêts à répondre à toutes leurs questions et à en discuter sans espérer que quelqu’un aille se faire vacciner à la fin de la conversation », a déclaré le professeur Dimitrakopoulou.

De tels échanges aideront la population à avoir davantage confiance envers les autorités sanitaires et l’État. « La Covid nous offre une excellente opportunité de commencer à renforcer cette confiance », a-t-elle dit.

Si ce processus peut être long, tisser de tels liens pourrait contribuer à améliorer la perception des gens pour le reste de leur vie, indique-t-elle.

Filtre à fake news

Il est également important que les journalistes, les chercheurs et le public général soient capables d’identifier et de filtrer les fake news.

Les chercheurs d’un projet intitulé SocialTruth ont mis au point un outil permettant de repérer les fake news sur Internet et dans les médias sociaux.
 
Le logiciel Digital Companion est ainsi en mesure de contrôler la fiabilité d’une information. Il analyse le texte, les images, la source et l’auteur puis, en deux minutes, calcule un score de crédibilité sous la forme d’une note d’une à cinq étoiles.

« Ce score calculé par informatique peut déclencher une alarme si le contenu est considéré comme très proche d’autres types de contenus qui se sont avérés faux », ajoute le Dr Konstantinos Demestichas, chercheur à l’Institute of Communication and Computer Systems d’Athènes et coordinateur du projet SocialTruth.

Digital Companion utilise des algorithmes informatiques basés sur des services de vérification très divers. Parmi ceux-ci figurent des organisations non gouvernementales, des entreprises et des organismes universitaires ayant tous des intérêts, des opinions et des intentions différents.

Face la diversité des fournisseurs de services de vérification, « nous devons déterminer leur fiabilité en évaluant leurs résultats de manière continue », indique le Dr Demestichas.

Pour cela, le projet a recours au blockchain pour enregistrer tous les scores et résultats produits par les vérificateurs. Si les performances des vérificateurs sont mauvaises, ils perdent leur statut. De cette façon, Digital Companion est en mesure de garantir un certain niveau de qualité de ses résultats.

Des faits vérifiés par l’homme et les technologies numériques

Pour l’instant, la technologie a été mise au point pour analyser les contenus à caractère politique et médical. Elle pourrait par la suite être développée dans presque tous les domaines.

Au départ, elle sera utilisée par les institutions qui suivent les fake news et la désinformation, mais le but est de permettre aussi aux journalistes et au grand public de tirer avantage de cette ressource.

Cette technologie « pourrait vraiment faire la différence dans l’utilisation quotidienne d’Internet et des médias sociaux », a déclaré le Dr Demestichas.

Toutefois, parce que cette technologie ne pourra jamais identifier toutes les fake news, « il faut que les journalistes, les personnes chargées de vérifier les faits et les citoyens soient formés à exercer leur esprit critique », ajoute-t-il.

Manipulation des sentiments

La lutte contre la désinformation va bien plus loin que la simple protection de la santé des individus, aussi importante soit-elle. D’après le Dr Demestichas, le bien-être des sociétés démocratiques elles-mêmes est aussi en jeu.

« Les fake news essaient de manipuler nos sentiments et nos peurs pour nous amener à cliquer sur leurs contenus », indique-t-il.

Il est primordial de lutter contre ce phénomène pour « défendre nos démocraties et permettre à nos sociétés de mieux fonctionner. »

Les recherches réalisées dans le cadre de cet article ont été financées par l’UE. Cet article a été publié initialement dans?Horizon, le magazine de l’UE dédié à la recherche et à l’innovation


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