L’année 2024 restera une année-clé dans l’évolution de la consommation d’énergie dans le monde, selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Derrière des records de production et une électrification galopante se cache une autre réalité, plus carbonée qu’annoncée.
Consommation d’énergie mondiale : 2024, année record

Le 24 mars 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié son Global Energy Review 2025, radiographie complète de la consommation d'énergie de l'année écoulée. Une année marquée par des tensions climatiques extrêmes, une consommation planétaire en nette hausse et un glissement structurel vers l’électricité, désormais centre de gravité du système énergétique mondial. Mais ce basculement – censé annoncer la fin des énergies fossiles – s’est opéré dans la douleur : malgré les progrès du renouvelable, le charbon, le pétrole et le gaz naturel refusent de lâcher prise.
La soif d’électricité mondiale redessine l’économie de l’énergie
La consommation d’énergie a progressé de 2,2 % en 2024 selon l'AIE, dépassant la moyenne décennale, portée par une hausse vertigineuse de la demande en électricité (+4,3 %) due à une conjonction redoutable : record de chaleur, essor des véhicules électriques, numérisation industrielle, et explosion des data centers.
Selon l’AIE, le solaire photovoltaïque (PV) a mené la danse des renouvelables, avec 480 térawattheures (TWh) supplémentaires, suivi du vent (180 TWh) et de l’hydroélectricité. Ces sources ont fourni 80 % de la croissance de la production électrique mondiale, contre seulement 1 % pour les énergies fossiles.
Mais cette progression fulgurante masque une inertie : les énergies fossiles pèsent encore près de 60 % de l’électricité produite dans le monde, le charbon restant la première source d’électricité mondiale (35 %), malgré un recul relatif. En Asie, c’est même un redressement : la Chine, championne solaire, a vu sa consommation de charbon croître de 1,2 %, et l’Inde de 5,5 %.
Le pétrole : l’ombre d’un déclin... encore lointain
Le pétrole a connu un essoufflement historique : pour la première fois depuis un demi-siècle, sa part dans la consommation d’énergie mondiale est tombée sous la barre des 30 %. Sa progression n’a été que de 0,8 % en 2024, loin des 1,9 % de 2023, freinée par l’essor de la mobilité électrique et le recul structurel dans les économies avancées.
Dans l’Union européenne, la consommation pétrolière reste inférieure de 7 % à son niveau de 2019, et de 11,8 % au Japon. À l’inverse, l’Inde reste l’un des derniers bastions de croissance, avec une envolée de +3,4 %, boostée par l’urbanisation et l’essor automobile. Un chiffre révélateur : les usages non liés au transport (pétrochimie en tête) ont représenté 70 % de la croissance pétrolière en volume. Autrement dit : on roule moins au pétrole, mais on en produit toujours autant pour les plastiques.
Énergie : le gaz naturel regagne du terrain
Le gaz naturel a été le grand gagnant dans le domaine des énergies fossiles de 2024. Avec une croissance de 2,7 % de sa consommation, il signe son retour à une croissance structurelle, stimulé par les canicules, la réindustrialisation et les prix plus bas.
La Chine (+7 %) et l’Inde (+10 %) en ont été les moteurs, tout comme les États-Unis, où le gaz a atteint 43 % du mix électrique, un record absolu. L’Europe, malgré une production renouvelable dynamique, a vu sa consommation industrielle de gaz repartir à la hausse, dopée par des prix plus favorables qu’en 2022.
Le charbon : toujours au sommet, malgré son côté néfaste pour la planète
Donné pour mort, le charbon affiche une santé insolente dans le sud global. Consommation mondiale en hausse de 1,1 %, avec 58 % du total absorbé par la seule Chine. Le record absolu de consommation mondiale a même été battu, à contre-courant des engagements climatiques.
Seule consolation : l’Union européenne a enregistré un effondrement de 10 % de sa consommation de charbon, avec des fermetures historiques comme celle du dernier site britannique en septembre 2024.
Émissions de CO₂ : elles continuent d’augmenter dans le monde
Les émissions de CO₂ liées à l’énergie ont grimpé de 0,8 % en 2024, atteignant un record historique de 37,8 milliards de tonnes, selon l’AIE. Le paradoxe est saisissant : jamais autant de technologies propres n’ont été déployées – 2,6 milliards de tonnes de CO₂ évitées par an grâce aux solaires, éoliennes, voitures électriques, pompes à chaleur – mais cela ne suffit pas.
La faute au climat, d’abord : les vagues de chaleur extrême ont dopé la consommation pour la climatisation. La faute, ensuite, à l’explosion des besoins dans les pays émergents, où la transition se fait plus lente. L’Afrique, par exemple, a vu sa demande décliner sous l’effet des chocs économiques et de la fin des subventions.
Energie : La France vers une consommation bas-carbone… grâce au nucléaire
La France a connu en 2024 une renaissance énergétique, portée par le nucléaire et les renouvelables. 95 % de la production électrique française est issue de sources bas-carbone, avec un total de 536,5 TWh, niveau inédit depuis cinq ans.
Selon RTE, le solde d’exportation a bondi, atteignant 85 TWh, un record depuis 2002. La part des renouvelables s’établit à 27,6 %, portée par l’hydraulique et l’éolien. Mais c’est le retour en forme du nucléaire qui redessine le paysage, en particulier avec le redémarrage de réacteurs longtemps à l’arrêt.